Occuper la rupture – texte

quand deux éléments sont tout à fait spacieux et étendus

irréductibles l’un à l’autre mais

contigus

comme un carré blanc touchant immédiatement un carré noir

existe-t-il un dialogue

quelle vallée possible à la frontière ?

 

combien on approchera le regard                     toujours demeurera une ligne unique

blanche d’un côté noire de l’autre

non c’est faux

 

il n’y a pas de ligne qui ait des côtés

la ligne serait un troisième élément

il n’y a que deux éléments étendus qui se touchent

aucun mot ne désigne le non-espace qui les sépare

cet espace en lui-même est une impossibilité logique

 

quelque chose cesse d’être blanc et devient noir

mais on peut agrandir la frontière à l’infini on trouvera toujours la rupture

blanc d’un côté                                     noir de l’autre

le mouvement même d’un zoom serait tout à fait inconséquent car l’espace occupé demeurerait identique

 

la rupture est parfaite

c’est là qu’il faut s’installer

 

occuper la rupture

ce qui est tout à fait illogique

 

en agrandir progressivement les rives

jusqu’à avoir suffisamment d’impossible

pour respirer

 

les espaces sans espace sont les plus accueillants