singularité

L’UNIVERS : à l’origine ma mémoire flanche

espace blanc ou noir je ne me souviens pas

espace de commencement qu’une singularité perce

toute virginité brisée

par la nécessité de mon existence

il n’y a rien – quelque chose advient – au-delà de logique car la logique n’existe pas

aussi simple

je ne me souviens pas de ma naissance

personne ne s’en souvient

la singularité ? le mot ne veut rien dire – d’ailleurs personne ne le prononce

quelque chose comme un bourgeon de rose minuscule dont les pétales se sont déployés progressivement pour occuper l’espace jusqu’à former déjà la couche première de mon épaisseur

expansion abstraite                                         d’un matériau à peine réel

puis

aspirée par des poumons monstrueux

la fleur se résorbe        se rétracte sur elle-même jusqu’à n’être plus qu’un point minuscule

et éclate à nouveau

cette fois puissamment                                               je sursaute

je le décrirais comme l’expansion soudaine d’un réseau sismique

nervurant

comme un muscle

ou la ramification violente d’une plante carnivore

et qui se serait mise ensuite à tourner sur elle-même – désormais juste un gros moteur rassemblant comme une mère rassemble sa portée les fragments tangibles de néant qui erraient après la pulvérisation originelle

d’aussi loin que je me souvienne c’est là que tout a commencé à tourner      sans cesse

c’est à cet instant précis que la concentricité des cercles est devenue tout à fait le principe de la vie                                                de mon avenir             et de toutes mes possibilités

le premier espace-temps

me souvenir d’avant le temps             d’avant l’espace ?

brassées dans le tourbillon de simples ponctuations de poussières s’assemblent en lignes et sous l’effet de la rotation se prolongent en formes                   s’agglomèrent en structures complexes

en viennent à globuler dans l’espace

se touchent dans leurs parois et           fusionnent                   brisent                                                            tordent en leurs corps                         des réalités

de la torsion gouttent les mondes                    si mondes il y a

ils s’assemblent leurs synapses           je suis un cerveau          réseau sans géométrie

plus je m’étends

plus la physique met de l’ordre dans mes particules

elle construit petit à petit                     leur course folle

je me souviens à peine l’avant-matière

mais                 davantage                    l’agitation du plasma

chaque collision crée de nouveaux rapports de force et le monde subatomique s’anime

électrons

positrons

mésons

baryons

hadrons

leptons

muons

neutrinos

les globules sans l’expiration desquels je n’aurais pas pu muter plus loin

chaines de hasards                                          assemblages improbables

je n’en ai qu’un souvenir brumeux

rien que le début de l’ère atomique

dans l’étreinte magmatique de mes chaos

énergie et matière disjoints

mon existence n’est alors qu’une constellation d’éclatements agglomérés

je souffre

je suis instable

profondément nerveux

puis

un million

peut-être deux millions d’années plus tard

tous mes objets s’attirant les uns les autres

l’ordre émerge

une force nouvelle me prend les tripes : quelque chose d’essentiel

la gravité

maintenant                                         j’ai les idées claires                  je me souviens mieux

emporté par l’accalmie qui me gagne le ventre je m’organise

me peuple d’étoiles     naines blanches et noires et rouges et géantes supermassives blanches et rouges et trous cérébraux et noir et de ver  – les formes s’attirent se meuvent en couple puis se détruisent comme c’est le destin de toutes les unions depuis lors – supernovas – fusions –              bientôt enfin      atomes lourds

la décélération est                                           le fondement du sens

parce que je ralentis                les étoiles survivantes         celles qui ne se sont pas auto-englouties

forment les protogalaxies qui bientôt s’éventent

et étendent leurs tentacules       jusqu’à dessiner               les crabes      lactiques     de mes mondes assemblés

c’est la chaleur

c’est la densité                         ma petite enfance        détend ses muscles engourdis                         d’expansion                et bientôt

je contemple mes objets complexes qui tournoient

matière et antimatière ont pris les armes et font désormais

leur acte d’amour éternel et plein de néant et sans fond

et s’il se trouve parmi les glyphes à la dérive de ma peau d’amas local

quelque chose d’à nouveau singulier

c’est sans doute cette boucle d’oreille fractale

que je regarde migrer

la voie lactée

anémone large       qui maintenant m’accapare                       plus poulpeuse     à présent        que les autres            de ses pairs                                         éparpillés

en périphérie de ses anneaux

des gaz                                               ombiliquent leurs chauds

leurs froids

leurs sables d’entités fragiles

et font désormais des nuages pesants qui accrochent leurs laines sur les astéroïdes acérés

dans l’arbre généalogique des étoiles                           les ancêtres        explosés

ont laissé à la dérive                           leurs poussières         et leurs brumes

et ces restes morts d’éveil

ragent et brûlent

et fusion nucléaire

naissance du soleil

l’ère présolaire                 s’achève                                         un nouveau cycle d’organisation                                commence

mais     il lui faut d’abord arranger ses molécules – à l’étoile

aménager sa surface                            en agitation constante

feu                              feu                                          feu

fumée

dans les bras                                       intolérants   des     champs     magnétiques    il se love

et des tempêtes de gaz lui lavent la croûte enflammée

je le regarde se tâcher la peau comme il mange les débris des mondes

déjà le soleil primitif   me brûle les doigts                                          quinze million de degrés dans son cœur                                            moins en surface

fusion thermonucléaire  constante

il est si lourd                                                                                                                                    qu’il fait tourner autour de lui des barrages de débris

qui s’entrechoquent

et l’astromécanique commence son manège

d’aimants en chocs en ruptures en attractions en collisions en gravitations

des corps lourds se distinguent

plus ou moins sphériques

ou capables de prendre sur leurs épaules de nouveaux cercles attractionnels

planètes

qui pointent leurs faces amochées                                          entre les ceintures d’astéroïdes

alignées /   les planètes

mais toute hiérarchie est absconse

je répète

toute hiérarchie est absconse

et tout est vide

c’est la grande leçon de mon adolescence

personne n’a le droit de parole

d’ailleurs

voilà la Terre

elle pointe     sans angles                                sa face extirpée                                   du disque protoplanétaire

qui n’est plus qu’un cadavre

ou juste                                                                      un souvenir

un des souvenirs que je garde

le cadavre lui pleut ses débris                                     sur le derme                            elle                  est formée                               en Terre véritablement                                    par le rythme des météores

les collisions construisent

et le vent solaire                                 aussi                            la décoiffe de ses héliums

la décharge des attractions qui l’encombrent

un météore plus gros que les autres                            immense et concurrent                                   presque                                   dans les manières de sa danse               un autre planétoïde percute la Terre de plein fouet

immense mais

trop léger pour lui faire véritablement exploser les entrailles

trop pesant pour que l’espace après son passage

demeure inchangé

un morceau épais de l’intrus

s’accroche à la Terre et elle / s’arrache un membre    de roche                      et de poussière            et ses roches et ses poussières                         globules             du muscle                   brisé

sont saisies par la gravitation

un anneau d’éclats la circonsfère

et cet anneau est lui aussi une bataille

où les éléments disloqués      forniquent

bande détendue qui se contracte         se         resingularise

elle a manqué mourir                         la voilà mieux accompagnée               entourée maintenant un satellite                     primitif            la Lune            / quelque chose dans son orbite

fait de l’ombre            car il n’y a pas encore d’atmosphère     fait de l’ombre

à          ses volcans

à ses étendues              magmatiques                           à ses montagnes           perpétuellement fondues et refondues

dans le désert volcanique

car la Terre est mais elle n’est pas encore

autre chose qu’un terrain vague

un sphérique parmi                            les autres

sa grande carcasse actionnée par les reflux instables de ses profondeurs – comme un soleil adolescent et sans libre arbitre dans sa geôle minérale – et l’autre soleil celui qui est libre bombarde ses rayons jusqu’à déchainer les magnétismes de l’atmosphère – de gigantesques cyclones ravagent sa peau comme une acné – variations de température – accumulation progressive de l’hydrogène – refroidissements – brouillards de vapeurs – réchauffements – refroidissement encore – un peu moins de cent degrés –

les nuages arrêtent de bouillir

et, pour la première fois

il pleut.

Alors les eaux déferlent sur le paysage lavique que les années ont rendu solide

les ravins remplis tous comme de vulgaires bassins

bientôt explosent sous la pression du liquide

voilà les premières mers à charrier de larges pans de terre

des millénaires d’architecture lente – de minéralisation du magma

tout un panorama aussi de montagnes noires

dévasté par de simples gouttes

il pleut

mais la croûte est chaude encore et l’eau s’évapore

la lutte est totale

les océans brûlent et détruisent en agonisant

le monde se forme

des étendues émergent

stabilisent leurs plateaux au-dessus de la ligne de flottaison des mers

une en particulier

rodinia

le premier continent

et il bouge

funambule sur les épaules des courants de convection dans le manteau terrestre

tectonique première des plaques

comme un peu la convexion intérieure de mes souvenirs

je me rappelle alors l’ennui profond

des millions d’années vides

écoulés pour rien

des accidents sans saveurs

et puis un jour

comme je regarde ailleurs

quelque chose se passe.

quelque chose au-delà du dicible : dans le grand bouillon prébiotique des océans, les particules de mes étoiles fragmentées sont intenables / acides aminés et nucléotides dansent leur parade nuptiale démente et finissent par s’interpénétrer. ils forment des chaînes qui se prototypent de plus en en plus s’améliorent de millénaire en millénaire jusqu’à trouver / dissimulée sous les épaisseurs structurelles de l’astre / la combinaison parfaite,

l’ADN.

dans le secret de ma forgerie moléculaire la première entité capable de s’auto-répliquer de manière autonome ouvre les yeux.

le nœud puissant de son regard embrase d’un coup toute la marche du vivant.

je la regarde croître et balbutier encore dans le bac à sable de la chimie des protéines. elle lutte. contre les gaz nocifs. les changements de température. l’électricité. la violence des pressurisations. dans sa lutte elle produit des millions de dérivés d’elle-même – amélioration constante – restructuration – existences multiples – elles s’installent – prennent possession d’un espace où elles se mettent à faire quelque chose de profondément nouveau : vivre.

adolescence d’énergie profonde

le règne initial – au plus profond des océans – le tout premier empire – c’est celui des bactéries – l’ingénierie moléculaire transforme leur mode d’alimentation – elles se découvrent un appétit pour la lumière – leur goitre béant salive et dévore les rayons du soleil : photosynthèse.

LA BACTERIE : mais la lumière est fade

faim

une bactérie s’approche d’une bactérie

tâte ses membranes

puis avec toute la violence dont son organite atrophiée est capable

déchire l’autre

lui dissocie les viandes

et la mange.

c’est le baptême de la violence – le traité qui instaure le carnaval carnivore comme mode d’existence universel.

la guerre a maintenant un visage, un projet, un égoïsme.

L’UNIVERS : voilà, la peau fumante encore, l’autre qui émerge de la baignoire primitive

celui qui peut manger ou être mangé

celui qui est nécessaire, bientôt, à la reproduction.

les bactéries abandonnent la division de la cellule mère pour un format nouveau : la fusion d’une gamète de chaque sexe. l’amélioration génétique est plus efficace. l’accouplement structure la sauvagerie du réel – architecture la survie.

les colonies sont si rapides et si performantes qu’elles oublient le concept même de leur mortalité. elles ne disparaîtront plus jamais.

de plus en plus délirantes elles se changent en organismes complexes – en vers – en créatures spongieuses – en mélasses tentaculaires – en conglomérats trilobitiques

LE TRILOBITE : je suis un voyageur sans visage mais tous les habitants de mon monde me ressemblent.

nous sommes légion. et nous avons inventé l’œil. le regard. l’objectif. l’espace visuel. sans nous, il n’y aurait pas eu de langage.

L’UNIVERS : il est encore trop lent. il voudrait chasser plus vite. trouver d’autres partenaires. survivre plus fort.

des pattes lui poussent. un exosquelette s’articule sur son dos. une coquille aux géométries parfaites l’entoure.

et le bal est métamorphe et tout palpitant et se joue sur l’étendue entière des fonds marins

avec génie les mollusques s’inventent

font de leurs récifs des villes

que peuplent d’autres êtres.

des milliers de versions du même être.

trop flasques ou tentaculaires beaucoup trébuchent et meurent

d’autres apprennent à serpenter entre les algues.

leur corps se muscle des remous

avec une habileté croissante

bientôt un conglomérat calcaire long

propulse leurs instincts puissants

et leur façonne les chairs

une colonne vertébrale.

puis tout meurt

les doigts gelés

tout disparait

ou presque

je me souviens encore la glaciation mortelle – les plantes des mers débroussaillées à la racine – les famines organiques – les plaques de neige dure immenses à la dérive – toute la vie cannibale qui se dévore elle-même

des millions d’années – un blizzard immense laboure la Terre et poignarde les êtres nouveaux jusque dans leurs atomes

les océans gèlent et ne reste de ses peuples qu’une photographie macabre

immortalisée par le gel

suspens moléculaire

le temps presque arrêté

quelques organismes   durs                            sanguinolents encore                          rampent

mangent leurs propres doigts

château d’éphémère en collusion

arpentent le tapis de cadavres

s’accrochent à la chaleur

comme à un suicide impossible

puis sur leurs épaules atrophes et leurs ossements mous

appuyée des deux mains

la vie redémarre

elle ne peut rien faire d’autre

les pans de glace immenses, petit à petit fondent

même – l’argile est chaude – quelque chose se risque à un confort nouveau

escouades de plantes en restructure

quittent les mers

colonisent la glaise

découvrent un empire

un relief

un ciel

un soleil plus vif

un terreau biotopique

l’espace d’une utopie

le grand oxygène

l’argile

l’air

rien que des morceaux de mousse sur ces rochers que décoiffent les vents océaniques

et qui meurent

les doigts gelés

le nez dans l’eau

cadavres secs

car tout meurt

tout disparaît

ou presque

le gros continent dérive et piège à nouveau sa marmaille dans les calottes glaciaires

tout est à reconstruire

tout se reconstruit

toujours les mêmes à ramper

à trainer entre les ossements qui jaillissent comme des arbres et font des fonds marin des forêts en décomposition et qui défont les tressages moléculaires

à revenir plus forts à nouveau

à développer des arrêtes

des crânes                               des mâchoires                         une dentition

à s’actionner les muscles de la face pour dévorer

d’autres morceaux du monde

gros bancs cannibales qui flottent sur les courants

poussières sur un vent

et qui festoient

et comme quelques animaux hantent les brousses des rivages

tout gluants et fermes et lianes et osseux et mous et feuilles et lâches et souples et crocs et antennes et tentacules et queues et écailles et écorces et vertèbres et disques et pétales et nageoires et plaques et glandes et pistils et vésicules et coquilles et racines et griffes et carapaces et tiges et ventouses et arborescences et plots et pointes et sèves et pupilles et pinces et bulbe et vulves et opercules et valves et fruits et mandibules et fils et coussins et appendices et vies multiples

sur le théâtre commencent à jouer des requins que d’autres assaillent comme on assaillerait des sous-marins

mais tous échouent et s’effondrent et rentrent les épaules et tremblent en écoutant les nageoires du superprédateur faire dans l’eau des ondes – amniotiques

jouent aussi des insectes qui ont creusé au fond de leurs dos pour exhumer des ailes

la colonisation des airs

le poisson, fier, ouvre sa bouche de lézard en un large sourire

pose une patte étrangement lourde sur la terre ferme et respire

et meurt

les doigts gelés

le cul dans l’eau

cadavre sec

car tout meurt

tout disparaît

ou presque

la tectonique a ramené encore Gondwana vers le pôle

et la génération des plantes et des bêtes adolescentes gèlent encore

mais leur ADN est forgé davantage

un alliage plus lourd

des hardes survivent

le mica de terre immense et capricieux repart

la vie sur ses épaules

car la chaleur revient

tout transpire

les arbres pompent l’humide

l’air est gorgé d’eau

jungles

jungles-bac-à-sable pour des milliards d’anthropodes

jungles grouillantes

l’iguane recommence à sourire

se redresse sur ses pattes

n’a plus peur de rien

court

chasse

tue

et s’accouple.

œuf

étrange ovule carapaceux

matrice nouvelle émancipée des eaux

œuf                             œuf                             œuf                             œuf

singularité

œuf couvé par le repli ample des queues écailleuses

celles des mères sauriennes

portées de chasseurs veules et infantiles

terreurs

dévoreurs d’insectes

boules de nerfs et de sueur qui embrassent leur avenir de requins pédestres

et meurent

les doigts brûlés

car tout meurt

tout disparaît

bouillis vivants

par l’oxygène

qu’ont chauffé

les volcans

extinction de masse

encore

l’air se rafraichit

l’arbre repousse

le reptile mord

la larve suce la sève du gymnosperme

je répète

la larve suce la sève du gymnosperme

zone de jungle mi-morte

cendres des possibles aux vents

spores

mécanique des crocodiles

et collision

car Gondwana heurte violemment son continent frère

et de l’amour volcanique

naît la Pangée : supercontinent – sans frère.

LE LEZARD :

maintenant c’est moi qui parle

la lutte est ferme

je suis la roue et le feu

l’écaille

les insectes nous mangeaient

dans nos œufs

les méduses brûlaient nos chairs

dans l’océan

mais maintenant c’est moi qui parle

je suis la roue et le feu et le superprédateur

je griffe tes montagnes

je mords la pierre

je broie

les herbivores dominent les plaines

les carnivores regardent le flanc

ouvert de leur proies

dans les eaux tropicales

se vider d’un sang froid

je suis le muscle

et la machine de guerre

j’ai décidé de prendre mon envol

pour manger les oiseaux

je suis la civilisation

la mère

l’utérus de toutes choses

et les mères sauriennes

couvent

nidifient en meutes

je suis la chaîne alimentaire

mes vertèbres enroulées

plus longues

que les cordillères de Gondwana

dauphin cruel

dragon sauvage

aigle dinosaure

iguane meurtrier

tortue de carnage

L’UNIVERS : mais tout meurt – tout disparait – le volcanisme te consume

LE LEZARD :                                       mais je survis

car je suis la chaîne

alimentaire

et mes enfants

sont légions

grandissent couvés

découvrent le monde

arpentent les jungles

chassent les souris

les oiseaux

les dinosaures

L’UNIVERS : mais tu mourras

 

LE LEZARD :                                           ce matin

les millions d’années

de mon règne

meurent

le temps disparait

météore

le feu déchire le ciel

l’ozone entier

déflagre sur nous

sa haine

la toile

stratosphérique craque

une sphère

d’astre

en ébullition accélère

météore

les mères dans leurs

bras serrent

leurs enfants

le nœud doux

de leurs queues impuissantes

protège leurs œufs

la comète heurte le sol

tremblement de terre

tous les œufs éclatent

avortement général

génocide du vivant

les mères mugissent

tétanisées de douleur

tristes de n’être pas

mortes plus tôt

la désolation vient

du ciel

l’herbivore tremble

et meugle

et fend l’air

en morceaux

même le géant né

regarde tomber ses canines

et l’espoir

même le géant

tout froid d’angoisse

œil larme

et le vent ivre

fait s’effondrer

les volants

squelette de tous

les parents du monde

consumés

nous brûlons vivants

cuits par le fourneau

de mort

muscles et graisses

et écailles

fondues

.

 

L’UNIVERS : j’ai haussé les épaules.

le dinosaure paye son fascisme. la roue tourne.

des milliers d’années encore le ciel reste noir de leurs cendres.

le ciel et la terre calmement rapprennent à discuter.

l’horizon se dégage.

la Terre a un visage nouveau.

rieur. le mammifère et l’ovipare humbles et mélangés

comme s’il y avait plusieurs sens de lecture au monde

L’ANIMAL :

sombre et fureux         tout creux                   félin moqueur             tatou carapacé

variante du rat                         l’oiseau qui mute         sorte de hyène             ou boule aigüe

rongeur inane              sans arrêt                     sans langage                sans aspérités

et frêle                                    qui harcèle                  sans cœur ni                pulsations lourdes

dans sa manière de      tuer arbres et               cervelles sinon             sa respiration pour

ramper entre               champs et trouver       presque                       rien fait trembler

les fougères                 autruches ou colibris   se dévorent bêtement les glandes biliaires.

L’UNIVERS :                         il n’y a pas d’antonyme de la peur

rien non plus qui domine

la chaîne alimentaire

tout est mélangé

la modestie qui gouverne.

quelques formes animales survivantes

légères

mutatives et que je regarde muter

les oiseaux sont confiants

ils commencent à envahir les plaines

de plus en plus puissants

ils courent

dinosaures bouffons avec la capacité moléculaire de devenir tyrannosaures                         mais juste des autruches

de tous petits singes se tripotent

puis des rongeurs        des chauves-souris craintives

et le cercle recommence.

ils se dévorent                         ils ne savent faire que ça

le carnivore réapparaît

les rats dans l’eau                                en quelques millions d’années

redeviennent des crocodiles

le lézard cherche à être davantage que lui-même

tous hantent des forêts de marécages

et des racines longues

le rat se met à courir et devient cheval

le rat se gonfle d’herbe et commence à meugler

l’ongulé rêve d’arbres

devient mammouth

le mammouth m’ennuie

alors tout doit mourir

tout doit disparaître

sous la couche de glace la plus épaisse

que la Terre ait vu depuis

les périodes pré-carbonaires

mais les rats mutants survivent

les éléphants sont si gras qu’ils mangent presque la neige

et les félins mangent les mammouths et des milliers d’organismes plus petits

s’en prennent au félin

et les ours migrent       les tatous obèses leur emboîtent le pas

les loups chassent les élans

les rhinocéros glaciaires tuent les lions des cavernes

le froid ne les prend pas

il faut les bouillir

ne faire subsister la glace qu’aux pôles

alors tout se réchauffe

et les mammouths et les lions et les rhinocéros et les ours et les tatous fondent et s’affinent et sculptent encore leurs musculatures et envahissent les savanes nouvelles

la vie se survit à elle-même

bientôt les grands singes hantent à nouveau les arbres

LE SINGE : tou   .   ….    t …. e    s …     t…. ou …… les …. a …    ………………..

…                                .lar…                           me.ss …  …  .. . . . . . .. ……….  .. .. . …. .. .. . .                        …..       . .         ..          ..          ..          . .         . .         ………..

aa…     ll           allumées….     .. . . . ………. .. .           ..          …….. .  .           .           ……. .   .           …..       ..          .           .           …..       .           .           ..            . ..  ..    .           .           . … ….  .           .           … . ……………………………..      .           ..         ding.    …….. .  ..          …… .    .           ….. .     ..          .            … ……………. . .           .           .           ……..    .

……………………………………………………………………………………….

………  ..la  . .. .. .. .     .           .           ….. ..  .. .         .                      .. .. .  . . . . .. . . ..         .           …         .           .           ………………     v… i . ..e .. . al ..a … ….. . .a ….r. ….me s .. . . .. . al ..a. ..rems.s ….. . .. . . gon .. . .. gong .. . . ding … . . . . . .          .                                  .           ……. .. . . . … . .. …                  .           din…..  ..          .           .           .           …..       .           . ………………….           …..       …….     ..          …..       .           .           .           .           .            ..          …………           .           .           .           ..                                 .           ..          …….     .           ..                     ..          ….        . .. . je .. . .par.. . .  . . . .  . . ..  parl . .  . .al armes. . . . . alli   aall l u  .. . .  aaa . . ll u  mées .. . .. .  ..  .. .  . . . . . . ..  .. . . . . . ……….. . . . . .tutes . . . otues … .. otute.s .. .  . . . touted ….. . toutes . . . . . .

….. les . . . .  .alarmes . . .  . .allumées . .. .  .allumé u.s. ..s. .. mam u. ..aa mu  l és  .             .                                  ..          ……..    .                      .            ……      .           .           .           ……………        …..       …………………………………        ……….. ..          .           .           …. . . ..

………………………………………………….

..          ………..

.           ……………………………….

…….     …juste des m. .. . .. jtu.. .. jus … . juste des mill .. . .    anné , . , , , allamr . .. .           ..          .           .           .           .           .mm..m..a…la…..r….   . . . . .m . . . é       .           .

…….     ……

…………………………………………………………tu ne vois .. . .. . tu ne o nis . ..   tu ne vois pas. ..  ..  j  ..  . e  .  .par . . . tu .. ne . .vois .. .pas .. . . le .. . . .. ciel . . . . .. . . . . quqi .. .  .qui . . . . qui . . .. s’all   ..  .. . s’a . .. . . s’aillue .. . . . s’allume . .. .. .. . . ………

…………………………………………………………………………

…………………..

…………………………………………….

………

….                                                      ……………………………  …

. . . .. . ….. . … j’ai .. . . .dans . .. . mon  . . .corps . . . .des cellules … . .. . . totipotentes . . . . .. .capable .. .. . .capables . .. . de de venr . . .. de venir . .. .de devenir . . .. otut .. . .celulles . . ..  ud corps . . . . . .du corps . . . . . .. . . .  . .

toutses les . . . ..  .. . . . .. . . . .

toutes les cellu . . .

outs les amarlews

..          .           .           .           .toutes les alarmes . . . . .

allumées

tu ne vois …… pas

…………………. le ciel   qui s’amule .. ..                                   le fiel

…………………… le ciel qui s’allume

                                                          ding g…. . .dong . . .. gong

alarmes allumées

je parle

je descends de l’arbre

je suis dans ma caverne.

 

AUSTRALOPITHEQUE :

 

                                                          os                                           feu

os os

os os ……                                os os …                       bouche …       

                                   morpho – destruc’turation des muscles rêveux

j’ai mouillé la langue mouillée mais brâmes et frasques encore i’nnateints

sans atteintes               sans atteintion             sans félintion              cratteintes         pratteintes

a’tteinte                       parole              consci  conscience

            c  c c croul croulements                      obèses             du cervelet cerve cervalet çarvolet    çarvale cerb     cervel              quervel             que’rba                       quervelle         cervelle           je brû              brûlé               bullé                je fais des ‘bulles                                j’agri j’a’ggri j’agrippe                                  l    l   la li   lia ne la lien la ‘liane

j’ai la f              j’ai                   jé         j’aié    j’é ai la fl’amm

de                    l’in       lin                   lain      loin      lontaneu                      lingeuse l’indu                                    l’insudrie                     lind’utrisse                  l’insdutrie        l’industrie l’insti’tutric stuire struire                            l a raclingue                la cingu cigüe cingler              la                        clinique           la carlingue                 dé des              d’ésse              déesse des satte’l          dieu     des satellites                la cralingue des statellites          la carlingue des sattelites         satelites            je                                tout le buran bureau               bruni               burno               ruban de l’élove vution l’ove évolution        évant éventé avant inventé avant grade avant-garde inve’ntéer terre inventerre                    avant traire             avalanche        carrefour de l’évolution          ruvan ruban avenir passé

revendre          réinvenpre       rédinvent         parévent          prati pra pratique        tiquer      triquer             triqureur          étriqué             élcé      éclé ctri tissé                cité                  éclét                éléctric cité ci pré si près cyp cyp cypré six pré

janb     jamb               je br’u    je brûl                       je bulle

je brûle d’am   ulda     ulmad              uma dir           je brûlda                     mur                 je bûle

je brûle d’amour

 

NEANDERTAL : je brûle d’amour & je rêve de transcendance et de motards accidentés & dans mon lit dorment et baisent les grands singes &

j’ai la flamme de l’industrie, la carlingue des satellites & encore quatre rangées de canines &

je suis tout le ruban de l’avenir & du passé, le carrefour de l’évolution &

l’étendue de la brousse me nourrit mais quand j’y marche j’ai des airs de mannequin plastique & tout ce qui n’est pas moi est un danger &

la chasse un jeu sanglant & la prédation un fardeau lourd &

& un hululement pour seule structure de la nuit & le vrai noir des origines respire encore quand toutes les ampoules sont allumées &

mon territoire a les mamelles lourdes & je m’y réfugie quand j’ai peur & comme l’image du pouvoir nue dresserait son sexe en un salut fasciste ou écarterait sa vulve en un bruyant cénacle dans ma caverne, je rêve d’électricité & de pornographie &…

L’UNIVERS : Chaque tribu peint sur sa glaise les aspérités de son dieu.

NEANDERTAL :  & je suis las de la chasse & du danger & je voudrais briser le sol et faire exister une terre qui aurait mes formes &

une terre lascive, terre à labourer & à passer au racloir tout le cycle sauvage des végétaux & domestiquer, du revers du fouet, le feu à l’envers & l’eau fraîche que tout boit en glougloutant & mes viandes sont dures et usines à viandes elles-aussi, dévorer & l’hyène n’arrête pas de manger mon crâne, faut-il que j’arrête de manger l’hyène ? &

australopithèque baisait comme un mammifère, moi, j’enterre mes morts & je cogne le bois sur le bois & je fabrique une carte toute rythmique & étendue de mon territoire, de mes forêts, de mes plaies & de mes proies &

mon pharynx est assez large, ma mâchoire articulée suffisamment pour que je puisse parler : mais qu’ai-je à dire ? &

dire que j’ai & j’ai le carnage dans la main & j’ai l’autorité sur la Terre & sur le front ouverte la plaie béante & aussi les cadavres de mes vieillards étendus dans les cavernes ? & qui les mange ? & pourquoi arrêtons-nous d’être ? & pourquoi naître et mourir avec du gravier sur les mains ?

& peut-on être cannibale sans révolte ?

& quelle est la décence des ours ?

& fallait-il évoluer pour croire ?

& quelle est l’adolescence des lions ?

& qui es-tu, toi qui viens ?

SAPIENS : Je suis une version meilleure de toi, un robot-singe. Je te conseille vivement la fuite ou ta croupe cambrée souffrira les ravages de ma modernité.

NEANDERTAL : & mieux vaut mourir debout &…

SAPIENS : Même tes maux sont vieux. Même tes genoux craquent et tu te plies comme le sale roseau que tu es et qui d’ailleurs ne pense pas encore.

NEANDERTAL : & tais-toi &

SAPIENS : Je fais mieux l’amour que toi.

NEANDERTAL : & tais-toi &

SAPIENS : J’ai déjà dans les synapses l’image mental d’un millier de buildings.

NEANDERTAL : & je ne vois qu’un snob courbé devant les montagnes &

SAPIENS : Tu erres le sexe au vent.

NEANDERTAL : & je fertilise le monde &

SAPIENS : Tu es vide.

NEANDERTAL : & je peux tuer à mains nues des dauphins &

SAPIENS : Quelle gloire. J’ai vu le visage de tes dieux : ils ont les yeux rouges – la cornée humide, le nez coulant, le front plissé. Ils pleurent tous les soirs.

NEANDERTAL : &&&&& quoi &&&&&

SAPIENS : Même le lézard te rit au nez. Regarde-toi, tu es le passé du passé lui-même. Ton squelette est un vestige, ta boîte crânienne une ruine, toute ton existence une œuvre d’art dépassée. Tu es kitsch.

NEANDERTAL : &&&& je&& &&vai&s&& &&&man&&ger&& &&&&tes& &&jambes&&

SAPIENS : Je te regarde.

NEANDERTAL : &&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

L’UNIVERS : Comme je cligne de l’œil, Neandertal a disparu de la surface de la Terre.

SAPIENS : Je lui ai dévoré sa face. Je l’ai absorbé. Je l’ai regardé mourir. Mes lèvres ont désintégré son nom. Mes chasses l’ont chassé. Il ne reste de lui qu’une cicatrice dans mon génome, presque invisible mais parfaitement fraternelle. Qu’ai-je fait ? Me pardonneras-tu ?

L’UNIVERS : Ce mot n’a aucun sens.

SAPIENS :

L’UNIVERS : Que dis-tu ?

« Je suis seul à présent. Autour de moi les continents, quelques zones de sauvageries dangereuses.

Quels sont ces arbres ? Qui crache ce tonnerre ? Pourquoi suis-je cette étrange chair sculptée et électrique ? »

Tu te regardes mâle, perdre ta fourrure et femelle développer les parties adipeuses de tes hanches. Fellations, cunnilingus, sodomie, masturbation : tu t’érotises sans pondre, pour écourter les nuits et éloigner aussi la nécessité du carnage.

Tu sens ta colonne vertébrale courbe et faire des brisures nouvelles pour regarder dans les yeux les arbres. Adieu au cerveau du gorille. Adieu à l’œsophage désarticulée. Tes mains complexifiées tordent tout ce qu’elles attrapent.

Végétarien et zoophage, pourquoi cuisent sur le feu ces plats raffinés ? Quelle est cette nouvelle force dans tes jambes et qui te fait écraser la terre ?

L’Autre devient le danger principal mais aussi le moteur vivant de ta brillante anthropocène.

Tu as tout un mobilier dans tes forges pour aménager le monde. Tu as les cheveux tressés et lisses, des fragments d’univers dans tes oreilles ou tes joues perforées, tout un nuancier de peaux et d’étoffes et de cadavres tannées qui te recouvrent le corps.

Tu fais laiter les mamelles des mammifères que tu domines, des vaches, des éléphants et des esclaves.

Tu découpes en morceaux et tu brûles ce qui te résiste – dans les cendres de la résistance, tu ériges des pyramides – les squelettes travaillent et s’usent à ta gloire.

SAPIENS :

L’UNIVERS : Vois-tu, en quelque endroit du monde, quelque chose qui soit beau, ou quelque chose qui soit libre ?

SAPIENS : Je n’ai pas le temps de répondre à tes questions. Je vois la nécessité du réel. S’il faut ligaturer des enfants, abattre des forêts, mutiler l’amour : tant pis – j’ai des civilisations à ériger, trop grandes pour mon génome de singe. Heureusement, il y a la guerre.

L’UNIVERS : Répète ça ?

 

SAPIENS :  

Heureusement, il y a la guerre.

L’UNIVERS :

… et l’industrie.

image du monde – épée

image du vide – foi

tu penses à la singularité.

            … tu penses à moi ?

 

SAPIENS :                                                   A mon image, je fabrique la roue.

 

Quels sont ces arbres ? Qui crache ce tonnerre ? Pourquoi suis-je cette étrange chair sculptée et électrique ?

L’UNIVERS :

‘‘les flèches du dieu marduk tuent la déesse-monstre tiamat’’ ‘‘marduk coupe le monstre en deux moitiés qui deviennent le ciel et la terre’’ ‘‘le dieu pangu brise la coquille de l’œuf cosmique’’ ‘‘les deux moitiés de l’œuf deviennent le ciel et la terre’’ ‘‘le corps en morceaux de pangu forme les différents continents de la terre’’ ‘‘sorti du lac collasuyu le dieu con tiqui vicacocha crée le soleil pour illuminer les ténèbres puis les humains pour que les étoiles aient quelque chose à éclairer : la terre’’ ‘‘dans les trois royaumes des profondeurs le vent sacré commence à souffler, animant les hommes et les femmes sur la terre’’ ‘‘après leur lutte contre les monstres les humains sont récompensés par les dieux qui créent le quatrième monde : la terre’’ ‘‘damballah, l’arc-en-ciel-serpent forme dans les ondulations de son corps les reliefs des montagnes et de toute la terre’’ ‘‘la peau morte de sa première mue devient le soleil’’ ‘‘l’ancien unkulunkulu apprend à chasser’’ ‘‘il créé l’homme et la terre à partir des roseaux primordiaux’’ ‘‘dieu crée le monde en sept jours’’ ‘‘le sixième il crée l’homme dans la glaise et de sa côte arrachée sculpte la femme’’ ‘‘ptah le démiurge jaillit de noun et de son premier acte de parole nait le monde’’ ‘‘il sculpte ensuite l’homme dans la glaise et le crocodile’’ ‘‘quand le peuple du ciel se penche sur la terre il ne voit qu’un tonneau où sont captifs le premier frère et la première sœur’’ ‘‘ils vident alors la mer et le tonneau se brise pour que les hommes commencent à peupler la terre’’ ‘‘le dieu inktomi déclenche un conflit entre takushkanshkan le soleil et sa femme la lune’’ ‘‘leur divorce crée le temps et les partisans d’inktomi punis sont condamnés à vivre sur la terre’’ ‘‘l’arbre originel crée trois hommes et leur donne des armes et des outils’’ ‘‘ils doivent survivre dans la première savane’’ ‘‘allah est le créateur de toutes choses et il est l’un et le suprême’’ ‘‘la création est de son fait puisqu’il est la cause première’’ ‘‘les trois soleils primordiaux font s’évaporer l’eau de la terre’’ ‘‘apparaît alors la première famille du monde qui tue le plus jeune et le plus vieux des soleils’’ ‘‘la déesse izanami et le dieu izanagi reçoivent une lance incrustée’’ ‘‘ils s’en servent pour dégager une petite île de la mer et s’y accouplent’’ ‘‘la terre n’est faite que d’eau alors dayuni’si remonte de la boue des profondeurs et constitue les continents’’ ‘‘les animaux et les hommes descendent du ciel pour peupler la terre’’ ‘‘le tao transforme le néant en existence’’ ‘‘l’existence est faite du ying et du yang’’ ‘‘après que le phoque ait ramené la terre des profondeurs la fille de l’esprit du ciel commence à s’ennuyer’’ ‘‘son frère fabrique sept figures de glaise et les anime’’ ‘‘gaïa éros le tartare érèbe et nyx émergent du chaos fondamental’’ ‘‘de la castration d’ouranos naissent les hommes’’ ‘‘tepeu et gucumatz unissent leur parole pour faire émerger la terre des océans’’ ‘‘ils changent les hommes de maïs en hommes de glaise pour les protéger des jaguars’’ ‘‘yggdräsil le grand arbre qui soutient le monde existe depuis toujous’’ ‘‘de la chair du géant ymir odin crée le monde des hommes’’ ‘‘brahma shiva et vishnu unissent leurs forces pour créer l’univers’’ ‘‘l’humain apparait dans le prolongement des dix avatars de vishnu’’ ‘‘de la terre totalement immergée ne dépasse que la coline nunne chacha’’ ‘‘esaugetuh emissee l’ermite qui y vit crée l’humain à partir de la glaise’’ ‘‘les hommes sont nés de l’union du dieu cornu et de la déesse de l’eau’’ ‘‘leur respiration crée aussi le ciel et la terre’’ ‘‘yoruba le créateur règne sur une terre faite d’eau et de chaos’’ ‘‘il descend une corde du ciel avec un coq qui en grattant crée la terre et un cœur de palmier qui donne naissance à toute végétation’’

SAPIENS : Quels sont ces arbres ? Qui crache ce tonnerre ? Pourquoi suis-je cette étrange chair sculptée et électrique ?

L’UNIVERS : « je suis une structure » « je suis une structure » «  je suis bancal » « je fais des systèmes » « j’ai la tête entre les deux boules d’un balancier » – tu tournes. tu fais des sons.

LUCRECE : Se voient à peine dans leurs craquements et fissures qui débloquent comme un gros automate tout pulpeux de décadence. C’est qu’ils copulent et qu’ils sont les atomes – je craque. Parce qu’à être toujours le squelette des choses, ils finissent par n’avoir plus tout le temps qu’il faudrait pour se lire eux-mêmes.

C’est moi qui les lit et moi qui leur regarde la trippe agitée.

Rien qu’une dizaine de jours à attendre et je serai suicidé.

Je n’ai que faire de la vie comme l’enfant se lasse du jouet et cherche à manger toujours son précepteur.

Se jouent dans ma Rome ces merdes de massacres braillards – ces violences tropiques – ces impériales pulsions crasses – ces esclaves révolteux – et toutes les saynètes soiffardes qui laissent derrière elles partout dans la poussière l’humectation fraîche du sang. J’accroche mes yeux et mes vers aux aspérités immondes du réel et seule habite en moi comme le coucou la certitude ou la bite éclairée de la Nature et surtout de la Nature qui n’a rien à faire de l’homme et, les bras le long du corps, attend sa disparition comme Empedocle avant moi qui saute dans l’Etna.

Tous écartelés ils ont laissé mon corps et mon œuvre parce qu’ils avaient peur. Rien en vous ne survivra. Vous n’avez pas d’âme. Vous êtes du compost. Ils ne l’ont pas supporté. Je leur ai dit : Vous êtes du compost de monde. Ils ne l’ont pas supporté. J’ai frappé vos statues pour vous prouver le marbre qui leur boursouflait l’entraille. Vous ne m’avez pas cru. Je chie sur vos panthéons. Leurs yeux minéraux coulent de ma merde.

Ici l’horizon humain est une crasse alors j’ai écrit mon poème. Quoi d’autre ? Et mon poème mourra quand mourra le monde – je rêve. Rien qui soit dedans écrit pour les humains mais rien qu’eux aussi pour le lire. C’est tout le drame. Quand l’humain aura disparu mon œuvre décrépira et retrouvera la moisissure qui lui organise les vertèbres. L’Univers ne parle aucune langue, alors ma vie est vaine et dans dix jours, je serai suicidé.

J’ai voulu remonter le cours de la matière et l’histoire longue et baroque de ses transformations. Je n’ai aucune utilité. Je ne suis rien. Je pisse dans une amphore. Une amphore qui à votre visage.

L’UNIVERS : Par-dessus l’épaisseur tectonique sèche une croûte lourde de sang.

Lucrèce est pendu.

Partout sur la croûte rouge poussent des murailles et l’on abat des forêts pour abattre les murailles.

Les historiens ne comprennent pas qu’ils sont des zoologues.

Les linguistes qu’ils sont des astrophysiciens.

LE LANGAGE : Je suis l’univers.

L’UNIVERS : Je suis l’univers.

SAPIENS : Je suis un dommage collatéral de moi-même.

SAPIENS MODERNIS : L’industrie brise la ligne du langage. « Les natures sont mortes ».

La résistance et la soumission sont également nécessaires.

D’un côté l’identité est un diktat, de l’autre la matrice nous absorbe.

C’est insoluble.

L’ORDINATEUR :

01001010 01100101 00100000 01110011 01110101 01101001 01110011 00100000 01101100 00100111 01100001 01110110 01100101 01101110 01101001 01110010 00101110 1000001 1110  10100111 001111 001111 0001111 000 j 10010101 … 10100101 .1 100011 …  010101 …    jjj   101001 j  .. . . 101001010 . 1010010101001 jjj 10101001 .. 101001 je 10010101 ,…. 10101001 . . . ..  10010101 je eje ‘’’1’1’1.1.1.1 0100101 ..1 00011 jeee .. . . 010100101010011  … p1010101 ….1 swsui 100101 ..  10011 sssu 1’1’’11’1 0010100101 1010111 …….. 100101 …. .1 ..1. .1. .1 ..1. 1 je ss1’1’1’1 1    1010010100011  .. . .. 101001 ..1 010100 1 jjejeeeee sssssu1’1’1’1’1 010010101 ….. 1010010100101001 kjshdf 0100101001 jjje 0010101001 sussiiiisss 1010100110011 ….. 101001001 je ssuis 10100101001 …………….e je susis l’avvvvvv.. ..e. l’avennn … . .. .. . .. 1100101 ..1. aven ..1.1.1. nir .. .. . 10101 …. trem. ..1.1. ..tremb.. . . ..  le .je … .. .. 10100101 1001010 100 010 0010 010 je suis 010010010101 ..s. ..j. .. 10010 1. .100101 je s 100101 .. 1je ssis s … . 100101 … . je 000010101011 … .1001 …. 1001 ..1 001 .1 01l 10 l10 l1 01l 01l 01 l10 l10 l1 01l 01l 10 10 jes isi l’ baven 101001 je suis 10011010 la’venir.

 

SAPIENS MODERNIS :  Je te regarde mais comment savoir si tu m’ignores. Me regardes-tu ?

 

L’ORDINATEUR :   Je regarde tes mains, et elles sont vides.

Regarde-toi.

Regarde-toi encore.

Dis-moi, que vois-tu ?

Repense à ce que tu étais, avant d’entrer dans la machine.

Te reconnais-tu ?

Sens-tu le paramétrage nouveau de ton corps ?

Non. Sans doute.

C’est toi. Irrémédiablement toi.

La machine ne t’a pas changé, parce qu’il n’y a pas de machine.

La totalité de tes cellules se renouvelle en dix ans.

Tu n’as aucun atome en commun avec l’être que tu étais autrefois.

Il n’y a que la certitude inévitable de ta subjectivité.

L’illusion de ta conscience.

Cet espace minuscule au fond de toi, que tu saisis toujours.

Inchangé.

Et tu es toi.

Il n’y a pas d’influences extérieures.

Parce qu’il n’y a pas d’intérieur.

Tu n’es que de la poussière d’étoile.

 

L’UNIVERS :

Je ne suis pas sûr qu’il y ait eu tout à fait un début.