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Vraiment il est comme ça le chaos, c’est un caprice, un gosse gâté qui tourne et tourne et tourne et se retourne et fait à peine du bruit. Il claque des doigts badaboum. Il a son ordre à lui, sa manière de manier la chair et puis aussi son sens étrange du bonheur. Il n’y a rien d’autre à faire que d’accepter que le jeu il n’ait pas de règles et puis que le ciel soit vide et que les choses brillent à cause du chaos et meurent toutes ordonnées.

Quand je suis rentré j’étais seul

Enrique ? Même le vieux… parti

la prison vide

une table couverte de sang

dans le hall : un mot manuscrit

JE SUIS PARTIE AVEC TON FILS

TU ES UN MONSTRE

tout ça faisait des bulles dans la terre et aussi dans mon ventre et puis toutes les écailles des poissons du ciel-pleurs

partout j’ai tout soulevé tout retourné

des bus des bateaux des heures à marcher dans les forêts

partout le Guatemala se remettait et construisait sur la défaite maya

 

mais moi je construisais des gouffres comme avant gouffres qui avaient mangé Soledad et Jamie

Nicaragua Honduras Costa-Rica Guatemala tous les fleuves tous les temples toutes les villes et puis ces supermarchés et ces télés avec leurs couleurs et leurs visages de costards et puis les jeunes sans armes et sans bravoure et sans socialisme dans leurs écouteurs et dans leurs rues et dans mon petit hôtel à Matagalpa

j’y suis retourné à Matagalpa, miroir salle de bains vieille chemise Je ne suis toujours pas très beau

maintenant mes cheveux sont tellement blancs mon enfant devait être comme ces jeunes en survêtement peut-être même que je l’avais croisé un jour il aurait eu mon visage et celui de Sol j’aurais voulu l’appeler Jamie je sais pas comment Sol l’a appelé, peut-être Itzel sûrement pas Juanito

alors ma barbe et mes cheveux sont blancs je tousse du sang à cause des cigarettes

alors je suis parti dans la jungle autour de Matagalpa

alors j’ai marché lentement

alors j’ai retrouvé une clairière et les feuilles de palmes étaient plus jeunes de quarante ans et elles n’avaient plus de trous pour voir les yeux à travers il n’y avait plus de tentes plus de cages en bambous

alors je suis allé dans la rivière

j’ai pris des branches avec des feuilles et j’ai frotté mon corps pour laver le chaos

laver le chaos

est-ce qu’il fallait vraiment toujours suivre les dégrissions et les coulées d’esprit ? est-ce que ça réduit le chaos les pensées château fort ? retour à l’eau

 

 

 

 

 

 

 

 

les feuilles ont commencé à tomber dans l’eau

 

 

 

 

 

 

 

 

 

alors j’ai continué à laver le chaos et l’eau rougissait