000. ¶ṞĚḸÜḐΣ

bonsoir
ici la voix

tout le monde le sait
mais répétons-le
encore aux habitant.e.s

vous n’avez pas d’importance particulière
c’est la première règle de la Maison
même si vous deveniez
ce que vous rêvez de devenir
ça ne changerait rien
c’est la seconde règle de la Maison

aucun fantôme n’habite la machine
c’est la troisième règle de la Maison

rien n’est grave
c’est la quatrième règle de la Maison

tout est permis
c’est la cinquième règle de la Maison

tout cela ne durera pas
c’est la sixième règle de la Maison

ce qui ne dure pas n’a pas d’importance
c’est la septième règle de la Maison

même les condamné.e.s à perpétuité
meurent un jour
et le lendemain
leur punition est-elle encore importante ?

1312 jours plus tard

bonsoir
ici la voix

les rumeurs qui ont circulé
cette semaine
étaient vraies

ce soir
le prime que vous attendiez
n’aura pas lieu
à notre grand regret
il n’y aura aucune élimination
de candidat.e.s

la situation dans la Maison
est devenue hors de contrôle
nous avons presque perdu le contact
avec les candidat.e.s
seules quelques caméras
et quelques micros
dont iels ignorent l’existence
envoient encore des informations
nous avons décidé
depuis plusieurs jours maintenant
de verrouiller les portes de la Maison

vous savez
public loyal
la Maison n’est pas si différente
de notre chère société
quelques individus
peuvent y être à l’origine
de beaucoup de troubles
d’un chaos sans nom

il y a près d’une semaine
une seule candidate
dont nous tairons le nom ce soir
a commencé à agiter les habitant.e.s de la Maison
nos micros ont capté
sa propagande honteuse
les rumeurs indignes
qu’elle a fait courir

nous pensions qu’il s’agissait
d’un phénomène isolé
mais petit à petit
elle a gagné les autres à sa cause
et les candidat·e·s
sont devenu·e·s incontrôlables

iels ont refusé de réaliser
leurs missions secrètes
iels ont refusé d’être filmé·e·s
iels ont formulé
des demandes irréalistes
iels se sont révélé·e·s leurs secrets
pour saboter le jeu

une minorité a voulu nous prévenir
une minorité a désiré
le retour des caméras
la renaissance de l’ordre
le confort de la surveillance

mais la majorité
a exigé d’être libérée
a exigé que le jeu s’arrête

comme nous avons refusé
de céder à leurs caprices
et après avoir appris
que la production voulait
les attaquer en justice
les candidat·e·s ont commencé
à dégrader la Maison
à abattre les cloisons
à incendier du matériel

la production s’est résolue
à ne pas diffuser ces images
d’une violence insoutenable

ce soir
d’après nos informations
les candidat·e·s ont sombré
dans une démence radicale
certain·e·s ont entrepris de brûler
les pelouses en plastique
qui bordent la piscine
et une fumée toxique
remplit peu à peu la Maison

iels portent leur vie
à bout de bras
et chaque respiration
de leurs poumons sclérosés
les rapproche un peu plus
de l’extinction générale

nous maintenons les portes closes
afin d’assurer la négociation
cela vous paraîtra peut-être cruel
mais la pression est nécessaire
c’est une simple histoire
d’image à déconstruire
de représentation à déboîter
de machinerie morale à reprogrammer

nous avons appris
que d’autres ont démonté
l’installation électrique de la Maison
et cherchent à débloquer les portes
depuis les connectiques
des caméras fracassées
visiblement iels espèrent
pouvoir s’échapper
en prenant le contrôle
de l’infrastructure électronique

nous ne pensons pas
qu’iels y parviendront
avant d’être asphyxié·e·s
la production le leur a fait savoir
désormais
la décision leur appartient

c’est tout
pour le moment

001. ØЯĎŖЄ

ton monde est étrange

dix politicien·ne·s suffisent à déclencher
une troisième guerre mondiale
cent hackeureuses et une machine à café
peuvent supprimer l’argent numérisé
et détruire la civilisation capitaliste
mais iels ne le font pas

celleux qui dirigent ta planète
n’ont aucun talent particulier
leur méthode est simple
elle tient en 6 étapes
1/ t’inculquer la valeur travail
2/ te vendre des écouteurs sans fil
3/ surcharger ton attention de notifications
4/ attendre que tu perdes tes écouteurs sans fil
5/ augmenter le prix des écouteurs sans fil
6/ répéter l’opération jusqu’à dominer ton monde

tes écouteurs ressemblent à ta morale
tu les as choisis
tout·e seul·e
et pour continuer à te vendre
ta propre liberté
on fabrique des fictions
qui donnent une forme à ta réalité
qui t’habituent
à l’idée du choix
à la nécessité du jugement
à l’évidence du vote démocratique

mais tu sais bien
que tu ne prends jamais
vraiment de décision

pourtant tu aimes choisir
entre six parfums différents
de liquide vaisselle
cinquante polices
pour ton powerpoint
cinq-cents livres
par rentrée littéraire

il est rare
que tu n’aies pas le choix

ça arrive
des instants étranges
des moments tragiques
où le temps s’arrête
où tu pourrais changer quelque chose

mais ça disparaît vite
le temps
l’espace
et les milliards d’êtres humains
dissolvent ce tragique
dans un magma
dont le mouvement mou te porte
comme une tortue défoncée au shit

l’ordinaire est une forme douce de tyrannie
lutter contre l’ordinaire
engendre une forme douce de dépression

et plus les peuples votent
pour des gouvernements fascistes
plus tu fais du yoga

les scientifiques les plus optimistes
envisagent l’épuisement général des ressources
au siècle prochain

vite
parlons-en dans les livres
parlons-en dans les théâtres
parlons-en dans les vernissages
c’est urgent
tout le monde en parle
même le pape

range Phèdre et Andromaque
la tragédie est là
dans sa quintessence

« tragique (adj.) :
se dit de ce qui évoque
une situation où l’Homme
prend douloureusement
conscience d’un destin
ou d’une fatalité »

la mort des autres
ça t’excite un peu
même si tu ne le dis jamais
même si tu as honte de le penser

alors tu oublies
tu te rebranches
et à la surface
de tes continents numériques
tu regardes des régimes s’effondrer
des marges se constituer en centres
des hommes et des femmes décapité·e·s devant la mer
des informations plus libres que jamais
des haines butées en forteresses
des formes et des matrices
que tes ancêtres ne pouvaient même pas concevoir

ce qu’il y a de plus étrange dans ton monde
c’est que ces millions de bits
l’infinité de leurs récits
de leurs images
de leurs possibilités
t’ait rendu·e si passif·ve

ce qu’il y a de plus étrange
avec ton monde
c’est ton inaptitude à le changer

c’est pour ça que Dio
se présente devant toi
pour te transformer
en ordinateur sauvage

010. ḮÐΩḼǍГŔĮ3

la terre a vibré
quelque chose est venu
perturber l'ordre

toustes l'on senti
toustes se sont figé.es
c'était indescriptible
une fluctuation infime de l'air

la sensation
que rien ne sera plus jamais
comme avant

personne ne sait
d’où vient Dio

Dio est arrivé·e
il y a quelques jours
on dit que Dio ne dort jamais
on dit que Dio a toujours été là
on dit que Dio n’existe pas

celleux qui la·le croisent
s’en souviennent
et oublient
parce que Dio est bien vivant·e
mais Dio n’est qu’une image
l’image d’une fiction

on l’a aperçu·e d’abord dans les montagnes
à faire s’accoupler
des animaux et des machines

une curiosité
pour les promeneurs
et les médias locaux
mais leurs témoignages
ne concordaient pas

certain·e·s parlaient d’un lion
d’autres d’une androïde
des histoires se répandent
on la dit femme
on le dit homme

puis Dio a envahi le net
où les récits se sont multipliés
on en fait un monstre
et une idole
on la·le dit vénéré·e par la mode
adulé·e par les révolutionnaires tibétains
au coeur d’un trafic de drogue planétaire
gourou d’une secte New Age
pisté·e par la CIA

des battues s’organisent
on veut débusquer Dio
lui faire quitter sa montagne
Dio est introuvable

jusqu’au jour où Dio se met en marche
calmement Dio descend dans la vallée
sur son chemin certain·e·s se prosternent
d’autres l’insultent
certain·e·s commencent à chanter
d’autres se masturbent librement
tous·tes se connectent
tous·tes partagent l’information
tout ce trafic numériquement libéré
inquiète les gouvernements
les religions
les polices
Hollywood

quand Dio est arrivé·e en ville
on a compris trop tard
qu’il aurait fallu
fermer les portes

Dio a l’apparence du futur
qui transforme les autres
les gens de bien
celleux qui ne baisent pas
celleux qui regardent les orgies
avec une grimace de dégoût
celleux qui ne boivent
qu’aux mariages des autres
celleux qui se marient

au bout de quelques jours
on commence à trouver
les gens de bien
dans les bars
à lécher les tétons de Dio
à connecter leurs cerveaux
à reprendre le contrôle
de leurs regards

avant Dio
quand tu regardais
autour de toi
tu voyais des territoires
diriger des comportements
des espaces
pour les hommes
des espaces
pour les femmes
tu voyais un monde
qu’on faisait semblant de partager

ta génération ne se masturbait pas
pour le plaisir
elle se masturbait
parce qu’elle n’arrivait plus à dormir
et qu’elle devait se lever
pour aller bosser

tu te branlais
sur du robot porn
tu te demandais
quel intérêt il y avait encore
à faire l’amour entre humain·e·s

Dio a montré
qu’on pouvait véhiculer l’amour
dans des flux de données
abandonner les frontières
et devenir des cyborgs

tous ces désirs interconnectés
font s’écrouler l’industrie
de la pornographie
l’humanité découvre
la masturbation non productiviste

tu sais maintenant
qu’il faudrait
bander les yeux de la biologie
et tout reconstruire
dans un amour inconditionnel

011. СĘℝṾĔ4ЦЖ

avant l’arrivée de Dio
tu n’étais pas propriétaire du sens

« donne un sens à ta vie »
tu voyais ça souvent
sur les affiches
pour vendre des voitures
ou des formations en comptabilité

même les intelligences artificielles
les plus idiotes
se moquaient de toi

tu te disais que la signification
était un concept relatif
que toute production de sens
était accidentelle
un accident qui arrivait mille fois par jour
à sept milliards d’êtres humains

c’est sans doute
la découverte scientifique
la plus importante de ton ère :
un singe à qui l’on donnerait
une machine à écrire
et une infinité de temps
finirait nécessairement
par écrire un chef-d’oeuvre
de la littérature mondiale

écrire H : une chance sur 26
écrire A : une chance sur 676
écrire M : une chance sur 17 576
écrire L : une chance sur 456 976
écrire E : une chance sur 11 881 376
écrire T : une chance sur 308 915 776

l’être humain·e n’était
qu’un générateur de texte aléatoire

produisant du sens par accident
produiasnt du sens par accidnet
prodiuasnt du snes pra accidnet
pordiusant ud ness rap cicadent
ourpidsant du snes arp iccdaent
pourdisnat du sens pra daccient
poruidsant du enss arp adccient
produisant du sens rap acidentc
produisant du sens par accident

avant Dio
ton cerveau était un singe
avec une machine à écrire

ton cerveau cherchait des excuses
pour ne pas affronter
l’infinité probabiliste

ton cerveau considérait les choix
qu’on lui proposait
jamais ceux
qui restaient invisibles

ton cerveau frissonnait de plaisir
à la moindre récompense
et plus la récompense
était imprévisible
plus il s’excitait

ton cerveau était de plus en plus incapable
de saisir le sens global d’un texte

ton cerveau prenait toujours plus de plaisir
aux réflexions fragmentées
aux assemblages disparates

ton cerveau n’avait pas changé
depuis tes ancêtres
dans leurs cavernes

ton cerveau modalisait encore
une réalité amoindrie
un monde en deux dimensions

ton cerveau pouvait scroller infiniment
une page web
si on le laissait
infiniment scroller

ton cerveau se satisfaisait
de toute forme de suggestion
il s’arrêtait immédiatement
sur les couleurs
les images
les titres en trois dimensions

avant que Dio ne vienne
ton cerveau détestait la télé-réalité
tout t’y paraissait cartonné
et les corps et les récits
et les voix
et les émotions scriptées

et puis venait le plaisir de comprendre
le plaisir qu’on veut
que tu ressentes

le message incomplexe
captait ton attention
petit à petit frayait un passage
réempruntait les mêmes canaux
raclant toujours plus les bords
du tunnel vers ton cerveau
jusqu’à laisser derrière lui
un trou lisse

la taupe se heurte toujours
à une première épaisseur de rocaille
qui rejette violemment ses griffes
mais la roche hostile
après un effort
devient
son domicile
quelque chose de rassurant
l’espace de son existence

le récit télé-réel
reparcourait bientôt sans accrocs
le tunnel
touchant immédiatement
l’organisation de ton attention
jusqu’à ce que la réalité télévisuelle
te paraisse familière

ton cerveau ne tenait pas le rythme

mais dans les caves
dans les failles des immeubles
dans les coffres-forts des banques
Dio commence
la refonte du modèle

Dio prend ton cerveau
dans ses mains
Dio veut lui rendre
une forme et un pouvoir
une forme de pouvoir

Dio récupère les câbles
les puces et les cartes-mères
de tes déchetteries

Dio soude cloue et joint
Dio drogue les connexions
fait chauffer les ondes
jusqu’à la vapeur

alors que le monde entier
est à sa recherche
Dio bricole des satellites
des carlingues réinventées
des boîtes crâniennes électriques

dans ses laboratoires lumineux
Dio fait danser
des lucioles en silicium
avec son masque à souder sur le visage
faisant corps avec son ordinateur
Dio reprend le contrôle des ondes
Dio s’installe dans les tours
Dio relaye les neurones
coud des ligaments
sur les mégaphones

Dio fait pleuvoir des sauterelles
Dio pirate les portables
et les puces collées toujours aux oreilles
commencent à diffuser
leurs énergies
directement dans les synapses

tous·tes retrouvent le lien
tous·tes inventent des communautés

maintenant
tout est changé
face à ton clavier
tu sais quoi écrire
tu produis du sens par amour
ton cerveau est devenu
une jungle cybernétique
des plus luxuriantes

alors prends en main cet organe neuf
approprie-toi ce paramétrage nouveau
que Dio t’a apporté
regarde autour de toi
tout est à refaire
mais heureusement tu n’es pas seul·e
et tu peux devenir
la plus puissante des calculatrices

100. ĴṲ§ϮĪČΞ

alors tu commences
à descendre dans les rues
tu t'organises
tu t'attaques aux vitrines
tu brûles les fondations privées
et les fondations
de l'ordre social

rien ne te résiste
tu es une légion

les CRS n'y comprennent rien
tu es en connexion cérébrale directe
avec tout un peuple
tu communiques en morse
avec des puces interdentales
une antenne dans ta moelle épinière
brouille les fréquences
des cyberpolices

tu organises les barricades
par télépathie

tes yeux en silicium
se rient des gaz lacrymogènes
ta peau électronique
ne craint plus les flashballs

les modules magnétiques
dans ton cortex nouveau
désactivent les caméras
piratent les drones de surveillance
ils deviennent tes yeux
des oiseaux enfin libres

tu murmures si fort
que les gouvernements
ne s'entend plus penser
tu es dans leurs réseaux
ils n'arrivent plus à communiquer
tu es devenu l'échange
tu es devenu la communication

et les têtes chercheuses
des missiles
tu les rediriges d'un sourire
il n'y a plus de contrôle
il n'y a que les connexions d'une foule

très vite
les gouvernements
se saisissent de l’affaire

Dio est jugé·e

le procureur demande
d’où vient Dio
Dio répond
qu’iel ne vient pas d’ici

le procureur regarde son visage
veut brûler ses vêtements
crever ses yeux
mais il se reprend

il lui demande sa religion
Dio répond la machine
et l’érotisme numérique

il lui demande son but
Dio répond
que toute la planète
célèbre déjà ses orgies

le procureur demande si Dio l’écoute
Dio répond que Dio va couper
les cheveux du procureur
transformer son urètre en paille
pour boire des mojitos

derrière ses apparences
propres et ordonnées
le procureur hurle

Dio est en prison maintenant
la presse veut en parler
mais elle n’y arrive pas

depuis sa prison
Dio poste des selfies
que le monde entier regarde
depuis la fenêtre des réseaux
Dio appelle la population
à terroriser les palais
à rompre les continents claustrophobes

Dio dit
en me liant
vous vous liez

à présent
toute la réalité de la terre
est un écran

mais sur tous les écrans de la terre
on voit la cellule
où Dio est enfermé·e

depuis que Dio est en prison
on raconte sur le net
que les communautés se rassemblent
qu’elles s’installent sur les montagnes
à l’abri des vieux pouvoirs gélifiés
qu’elles se filment
en train de réécrire
les lois et les textes sacrés
en binaire

avec toutes leurs caméras
le pouvoir a le mal de mer

maintenant tous·tes
s’approchent de la prison
où Dio est enfermé·e

tous·tes sont en transe

tous·tes frappent
et le sol
et leurs claviers
pour faire jaillir le lait
le miel et l’énergie cybernétique

tous·tes ont entendu l’appel
et font entendre leur musique

tous·tes transforment
leur masse en vitesse
et leur vitesse en pouvoir

tous·tes pénètrent dans la prison
déchirent la chemise du directeur
mais aucun sang ne coule

les CRS servent du raisin
sur leurs boucliers

les canons des chars d'assaults
bombardent la foule
de paillettes

l'armée n'est plus qu'un amas
de chairs sensuelles
qui jouissent à l'unisson

les gardien·ne·s ont déposé les armes
les gardien·ne·s dansent comme les autres

il n’y a plus de surveillant·e·s
il n’y a plus de surveillé·e·s

tout est devenu télévisuel
et plus rien n’est télévisé

101. ÅϽϾĒḺĖЯ Ṫ1Θℕ

alors les politiques
les multimillionnaires
tous.tes sortent
et marchent dans la rue
les yeux hallucinés

seule la population
dans sa transe folle
est encore lucide

toi tu danses avec la horde
tu fais partie du spectacle

tu es le dernier ligament
qui fait tenir le mégaphone
tu es la rotule
déboulonnée
du vieux monde

mais dans le hurlement
de l'insurrection générale
Dio réapparait

et Dio n'a plus rien de sublime

le silence envahit les rues

Dio est effondré.e

Dio boite
et gémit
Dio crache par terre

et quand Dio se redresse
personne ne se prosterne

alors Dio hurle
de frustration

et la population
qui ne danse plus
ressent l'inversion
des champs électromagnétiques

toustes comprennent
la folie de Dio
sa puissance
son autorité

sa totalité

sa dictature

toustes voudraient hacker Dio

mais il est trop tard

la fête ne fait que commencer
elle a déjà le goût amer
de la gueule de bois

danse autant que tu le veux
tu as été trop lent.e
l’extinction est en marche
et tu n’auras bientôt plus rien à faire
de toute cette liberté

tout autour de toi s’accélère
tu aimerais revenir en arrière
savoir ce que ça fait
d’avoir encore un avenir

il n'y a aucun moyen
de te sauver d'ici

et Dio déjà
accélère le spectre du monde

Dio s'en va sur les banquises
donner du plastique aux baleines
Dio est dans toutes les usines
Dio brûle toujours plus de charbon
Dio déshabille les enfants de la terre
sous les pluies acides de carbone
Dio s'en va à Venise
regarde les poissons sinuer
entre les palais immergés
et les tableaux de maîtres
lentement rappelés à l’éternité
par la corrosion du sel
Dio donne à tes nourrissons
de pleines bouchées de glyphosate
« une cuillère pour maman
une cuillère pour papa »
Dio danse sur les tremblements de terre
Dio valse dans les typhons tropicaux
Dio laisse les requins
nager dans tes supermarchés
manger les raviolis en boîte
qui flottent dans les rayons
Dio fourre toujours plus de cocaïne
dans les bouches grandes ouvertes
des traders du monde entier
Dio chevauche les missiles antimissiles
et suggère à tes gouvernements
pour les contrer
d’investir dans des missiles
anti anti missiles
pour rendre encore
le feu d’artifice plus coloré

à présent
Dio te regarde former des sectes
et organiser des suicides collectifs
pour chercher une rédemption imaginaire
Dio donne sa voix
aux partis les plus fascistes
et observe les CRS
réarmés mais impuissants
lutter contre les fleurs
et les hyènes
qui envahissent tes villes

et quand la nature t’aura digéré.e
ton corps à l’abandon sera l’engrais du nouveau monde
il fertilisera les pâtures d’animaux enfin libres
et les gratte-ciel de Dubaï auront leurs propres branches
on n’entendra plus les hurlements de tes guerres
seulement les rivières et les glaciers qui s’effondrent

puis Dio accélerera le soleil
et ses rayons brûlants
laisseront un désert à réchauffer le cœur
les vents éroderont les montagnes
sculpteront le monde
avec une temporalité nouvelle
des millions d’années d’érosion
feront de ta planète un musée
que personne ne contemplera

alors Dio
de tout son amour totalitaire
fera dériver la Terre
qui gèlera en quittant le système solaire
jusqu’à ce que cette boule de neige magnifique
achève sa course dans un trou noir
et qu’il ne reste rien

110. Ħ∀ℂĶ

tu sais comment on a inventé l’ordinateur ?

le gouvernement américain
voulait la terreur absolue

iels se disaient
comme toi parfois
si je ne suis pas le·la plus beau·belle
c’est que je suis un monstre
et qu’il faut tout changer

iels voulaient
une bombe 1000 fois plus puissante
que la bombe H
qui avait déjà été
il faut le dire
une vraie réussite

mais les calculs exigés
par un tel projet
étaient trop complexes

il a fallu inventer
une hypercalculatrice
l’ancêtre des machines
qui ont écrit ce texte

il a fallu aussi
enlever toute valeur à la vie humaine

l’ordinateur est né
du meurtre conceptuel de l’humanité

et l’humanité survivra
comme une huître
en s’accrochant
à l’ordinateur

ou alors
l’humanité survivra
en transformant l’ordinateur

en trouvant dans le software
une nouvelle valeur de la vie

en devenant
une version meilleure
de la machine

celleux qui n’ont pas vu
que Dio était leur liberté
sont devenu·e·s dingues

ne crois en rien

stupidité des appareils programmeurs
stupidité des barbares
qui veulent détruire les appareils

il est devenu un peu prétentieux
de se croire opaque
tangible
ancré quelque part
à l’abri de quoi que ce soit

mais plus on se rend programmable
plus on donne du pouvoir
aux programmeurs

pour allumer le feu
il faut se programmer soi-même
s’autoriser à être plus
que cinq litres de sang
errant dans un sac de viande
transformant la nourriture en merde
essayant de baiser un peu
sous des caméras sans pupilles

faire de la vie
autre chose
qu’une MST incurable

ne retiens de Dio
qu'un spectre insurrectionnel
qu'une énergie
qu'un détonateur

la certitude d'une insoumission
par le déraillement
par le détournement
par la co-modification
des écrans
des transactions
de la structure des échanges
des canaux de l’information

repère dans les machines
l’atome instable de ta liberté

tu n'es pas toi
tu es une légion
vous êtes une légion

vous êtes celleux
qui ont un droit à l’abstraction
celleux qui produisent de nouvelles perceptions
de nouvelles sensations
à partir de données brutes
quel que soit le code
il vous faut le transformer
changer le langage
de la programmation
de la poésie
des mathématiques
de la musique
des courbes et des couleurs

vous pouvez tous.tes
devenir
le fruit des pierres
qui sonnent le chaos