singularité





L’UNIVERS : à l’origine ma mémoire flanche
espace blanc ou noir
je ne me souviens pas

espace de commencement
qu’une singularité perce

toute virginité brisée
par la nécessité de mon existence

il n’y a rien
quelque chose advient
au-delà de logique
car la logique n’existe pas encore
aussi simple

je ne me souviens pas de ma naissance
personne ne s’en souvient

la singularité ?
le mot ne veut rien dire
d’ailleurs personne ne le prononce

quelque chose comme un bourgeon de rose minuscule
dont les pétales se sont déployés progressivement
pour occuper l’espace
jusqu’à former déjà
la couche première de mon épaisseur

expansion abstraite
d’un matériau à peine réel
puis aspirée par des poumons monstrueux
la fleur se résorbe
se rétracte sur elle-même
jusqu’à n’être plus qu’un point minuscule
et éclate à nouveau
cette fois puissamment

je sursaute

je le décrirais comme l’expansion soudaine
d’un réseau sismique nervurant
comme un muscle
ou la ramification violente
d’une plante carnivore
qui se serait mise ensuite
à tourner sur elle-même

désormais juste un gros moteur
rassemblant comme une mère rassemble sa portée
les fragments tangibles de néant
qui erraient après la pulvérisation originelle

d’aussi loin que je me souvienne
c’est là que tout a commencé à tourner
sans cesse

c’est à cet instant précis
que la concentricité des cercles
est devenue tout à fait le principe de la vie
de mon avenir et de toutes mes possibilités

le premier espace-temps

me souvenir d’avant le temps
d’avant l’espace ?
brassées dans le tourbillon
de simples ponctuations de poussières
s’assemblent en lignes
et sous l’effet de la rotation
se prolongent en formes
s’agglomèrent en structures complexes
en viennent à globuler dans l’espace
se touchent dans leurs parois
et fusionnent brisent
tordent en leurs corps des réalités

de la torsion gouttent les mondes

si mondes il y a

ils s’assemblent leurs synapses
je suis un cerveau
réseau sans géométrie
plus je m’étends
plus la physique met de l’ordre dans mes particules
elle construit petit à petit leur course folle

je me souviens à peine l’avant-matière
mais davantage l’agitation du plasma
chaque collision crée de nouveaux rapports de force
et le monde subatomique s’anime

électrons positrons mésons baryons hadrons leptons muons neutrinos

les globules
sans l’expiration desquels je n’aurais pas pu muter plus loin

chaines de hasards
assemblages improbables

je n’en ai qu’un souvenir brumeux
rien que le début de l’ère atomique
dans l’étreinte magmatique
de mes chaos

énergie et matière disjoints
mon existence
n’est alors qu’une constellation d’éclatements agglomérés

je souffre
je suis instable
profondément nerveux
puis un million
peut-être deux millions d’années plus tard
tous mes objets s’attirant les uns les autres
l’ordre émerge

une force nouvelle me prend les tripes
quelque chose d’essentiel
la gravité

maintenant
j’ai les idées claires
je me souviens mieux

emporté par l’accalmie qui me gagne le ventre
je m’organise
me peuple d’étoiles naines
blanches et noires et rouges
et géantes supermassives blanches et rouges
et trous cérébraux
et noir et de ver

les formes s’attirent
se meuvent en couple
puis se détruisent
comme c’est le destin de toutes les unions depuis

supernovas
fusions
bientôt enfin
atomes lourds

la décélération est le fondement du sens

parce que je ralentis
les étoiles survivantes
celles qui ne se sont pas auto-englouties
forment les protogalaxies qui bientôt s’éventent
et étendent leurs tentacules jusqu’à dessiner
les crabes lactiques de mes mondes assemblés

c’est la chaleur
c’est la densité

ma petite enfance détend ses muscles engourdis d’expansion et bientôt je contemple mes objets complexes qui tournoient
matière et antimatière ont pris les armes et font désormais leur acte d’amour éternel et plein de néant et sans fond
et s’il se trouve parmi les glyphes à la dérive de ma peau d’amas local quelque chose d’à nouveau singulier
c’est sans doute cette boucle d’oreille fractale que je regarde migrer

la voie lactée

anémone large qui maintenant m’accapare
plus poulpeuse à présent que les autres de ses pairs éparpillés
en périphérie de ses anneaux des gaz ombiliquent leurs chauds leurs froids leurs sables d’entités fragiles et font désormais des nuages pesants qui accrochent leurs laines sur les astéroïdes acérés dans l’arbre généalogique des étoiles les ancêtres explosés ont laissé à la dérive leurs poussières et leurs brumes et ces restes morts d’éveil ragent et brûlent et fusion nucléaire

naissance du soleil

l’ère présolaire s’achève
un nouveau cycle d’organisation commence
mais il lui faut d’abord arranger ses molécules
à l’étoile

aménager sa surface en agitation constante
feu
feu
feu
fumée

dans les bras intolérants des champs magnétiques il se love et des tempêtes de gaz lui lavent la croûte enflammée
je le regarde se tâcher la peau comme il mange les débris des mondes

déjà le soleil primitif me brûle les doigts

quinze million de degrés dans son cœur
moins en surface
fusion thermonucléaire constante
il est si lourd qu’il fait tourner autour de lui des barrages de débris qui s’entrechoquent et l’astromécanique commence son manège

d’aimants en chocs en ruptures en attractions en collisions en gravitations des corps lourds se distinguent
plus ou moins sphériques ou capables de prendre sur leurs épaules de nouveaux cercles attractionnels
planètes qui pointent leurs faces amochées entre les ceintures d’astéroïdes

alignées les planètes
mais toute hiérarchie est absconse
je répète
toute hiérarchie est absconse
et tout est vide
c’est la grande leçon de mon adolescence
personne n’a le droit de parole

d’ailleurs
voilà la Terre

elle pointe sans angles sa face extirpée du disque protoplanétaire qui n’est plus qu’un cadavre ou juste un souvenir un des souvenirs que je garde
le cadavre lui pleut ses débris sur le derme elle est formée en Terre véritablement par le rythme des météores les collisions construisent et le vent solaire aussi la décoiffe de ses héliums la décharge des attractions qui l’encombrent un météore plus gros que les autres immense et concurrent presque dans les manières de sa danse un autre planétoïde percute la Terre de plein fouet
immense mais trop léger pour lui faire véritablement exploser les entrailles trop pesant pour que l’espace après son passage demeure inchangé un morceau épais de l’intrus s’accroche à la Terre et elle s’arrache un membre de roche et de poussière et ses roches et ses poussières globules du muscle brisé sont saisies par la gravitation
un anneau d’éclats la circonsfère et cet anneau est lui aussi une bataille où les éléments disloqués forniquent
bande détendue qui se contracte se resingularise elle a manqué mourir la voilà mieux accompagnée entourée maintenant un satellite primitif

la Lune

quelque chose dans son orbite fait de l’ombre car il n’y a pas encore d’atmosphère
fait de l’ombre à ses volcans à ses étendues magmatiques à ses montagnes perpétuellement fondues et refondues dans le désert volcanique
car la Terre est mais elle n’est pas encore autre chose qu’un terrain vague
un sphérique parmi les autres
sa grande carcasse actionnée par les reflux instables de ses profondeurs
comme un soleil adolescent et sans libre arbitre dans sa geôle minérale
et l’autre soleil celui qui est libre bombarde ses rayons jusqu’à déchainer les magnétismes de l’atmosphère
de gigantesques cyclones ravagent sa peau comme une acné
variations de température
accumulation progressive de l’hydrogène
refroidissements
brouillards de vapeurs
réchauffements
refroidissement encore
un peu moins de cent degrés
les nuages arrêtent de bouillir et
pour la première fois

il pleut.

Alors les eaux déferlent sur le paysage lavique que les années ont rendu solide les ravins remplis tous comme de vulgaires bassins bientôt explosent sous la pression du liquide voilà les premières mers à charrier de larges pans de terre des millénaires d’architecture lente
de minéralisation du magma tout un panorama aussi de montagnes noires dévasté par de simples gouttes
il pleut mais la croûte est chaude encore et l’eau s’évapore

la lutte est totale

les océans brûlent et détruisent en agonisant
le monde se forme
des étendues émergent stabilisent leurs plateaux au-dessus de la ligne de flottaison des mers
une en particulier

rodinia

le premier continent

et il bouge
funambule sur les épaules des courants de convection
dans le manteau terrestre tectonique
première des plaques
comme un peu la convexion intérieure de mes souvenirs

je me rappelle alors l’ennui profond

des millions d’années vides
écoulés pour rien
des accidents sans saveurs

et puis un jour
comme je regarde ailleurs
quelque chose se passe

quelque chose au-delà du dicible

dans le grand bouillon prébiotique des océans les particules de mes étoiles fragmentées sont intenables / acides aminés et nucléotides dansent leur parade nuptiale démente et finissent par s’interpénétrer. ils forment des chaînes qui se prototypent de plus en en plus s’améliorent de millénaire en millénaire jusqu’à trouver / dissimulée sous les épaisseurs structurelles de l’astre / la combinaison parfaite, l’ADN. dans le secret de ma forgerie moléculaire la première entité capable de s’auto-répliquer de manière autonome ouvre les yeux. le nœud puissant de son regard embrase d’un coup toute la marche du vivant. je la regarde croître et balbutier encore dans le bac à sable de la chimie des protéines.
elle lutte.
contre les gaz nocifs.
les changements de température.
l’électricité.
la violence des pressurisations.
dans sa lutte elle produit des millions de dérivés d’elle-même – amélioration constante – restructuration – existences multiples – elles s’installent – prennent possession d’un espace où elles se mettent à faire quelque chose de profondément nouveau : vivre. adolescence d’énergie profonde le règne initial – au plus profond des océans – le tout premier empire – c’est celui des bactéries – l’ingénierie moléculaire transforme leur mode d’alimentation – elles se découvrent un appétit pour la lumière – leur goitre béant salive et dévore les rayons du soleil : photosynthèse.

LA BACTERIE :
mais la lumière est fade
faim
une bactérie s’approche d’une bactérie tâte ses membranes puis avec toute la violence dont son organite atrophiée est capable déchire l’autre lui dissocie les viandes et la mange.
c’est le baptême de la violence – le traité qui instaure le carnaval carnivore comme mode d’existence universel. la guerre a maintenant un visage, un projet, un égoïsme.

L’UNIVERS :
voilà, la peau fumante encore, l’autre qui émerge de la baignoire primitive celui qui peut manger ou être mangé celui qui est nécessaire, bientôt, à la reproduction. les bactéries abandonnent la division de la cellule mère pour un format nouveau : la fusion d’une gamète de chaque sexe. l’amélioration génétique est plus efficace. l’accouplement structure la sauvagerie du réel – architecture la survie.
les colonies sont si rapides et si performantes qu’elles oublient le concept même de leur mortalité. elles ne disparaîtront plus jamais. de plus en plus délirantes elles se changent en organismes complexes – en vers – en créatures spongieuses – en mélasses tentaculaires – en conglomérats trilobitiques

LE TRILOBITE : je suis un voyageur sans visage mais tous les habitants de mon monde me ressemblent. nous sommes légion. et nous avons inventé l’œil. le regard. l’objectif. l’espace visuel. sans nous, il n’y aurait pas eu de langage.

L’UNIVERS : il est encore trop lent. il voudrait chasser plus vite. trouver d’autres partenaires. survivre plus fort. des pattes lui poussent. un exosquelette s’articule sur son dos. une coquille aux géométries parfaites l’entoure. et le bal est métamorphe et tout palpitant et se joue sur l’étendue entière des fonds marins avec génie les mollusques s’inventent font de leurs récifs des villes que peuplent d’autres êtres. des milliers de versions du même être. trop flasques ou tentaculaires beaucoup trébuchent et meurent d’autres apprennent à serpenter entre les algues. leur corps se muscle des remous avec une habileté croissante bientôt un conglomérat calcaire long propulse leurs instincts puissants et leur façonne les chairs une colonne vertébrale.

puis tout meurt

les doigts gelés
tout disparait
ou presque

je me souviens encore la glaciation mortelle – les plantes des mers débroussaillées à la racine – les famines organiques – les plaques de neige dure immenses à la dérive – toute la vie cannibale qui se dévore elle-même des millions d’années – un blizzard immense laboure la Terre et poignarde les êtres nouveaux jusque dans leurs atomes
les océans gèlent et ne reste de leurs peuples qu’une photographie macabre
immortalisée par le gel
suspens moléculaire
le temps presque arrêté
quelques organismes durs
sanguinolents encore
rampent
mangent leurs propres doigts
château d’éphémère en collusion
arpentent le tapis de cadavres
s’accrochent à la chaleur comme à un suicide impossible
puis sur leurs épaules atrophes et leurs ossements mous
appuyée des deux mains
la vie redémarre
elle ne peut rien faire d’autre

les pans de glace immenses, petit à petit fondent
l’argile est chaude
quelque chose se risque à un confort nouveau
escouades de plantes en restructure quittent les mers
colonisent la glaise
découvrent un empire
un relief
un ciel u
n soleil plus vif
un terreau biotopique l’espace d’une utopie

le grand oxygène l’argile l’air rien que des morceaux de mousse sur ces rochers que décoiffent les vents océaniques

et qui meurent
les doigts gelés
le nez dans l’eau
cadavres secs

car tout meurt

tout disparaît
ou presque

le gros continent dérive et piège à nouveau sa marmaille dans les calottes glaciaires

tout est à reconstruire tout se reconstruit toujours les mêmes à ramper à trainer entre les ossements qui jaillissent comme des arbres et font des fonds marin des forêts en décomposition et qui défont les tressages moléculaires

à revenir plus forts à nouveau à développer des arrêtes des crânes des mâchoires une dentition à s’actionner les muscles de la face pour dévorer d’autres morceaux du monde gros bancs cannibales qui flottent sur les courants poussières sur un vent et qui festoient et comme quelques animaux hantent les brousses des rivages tout gluants et fermes et lianes et osseux et mous et feuilles et lâches et souples et crocs et antennes et tentacules et queues et écailles et écorces et vertèbres et disques et pétales et nageoires et plaques et glandes et pistils et vésicules et coquilles et racines et griffes et carapaces et tiges et ventouses et arborescences et plots et pointes et sèves et pupilles et pinces et bulbe et vulves et opercules et valves et fruits et mandibules et fils et coussins et appendices et vies multiples sur le théâtre commencent à jouer des requins que d’autres assaillent comme on assaillerait des sous-marins

mais tous échouent

et s’effondrent
et rentrent les épaules
et tremblent en écoutant les nageoires du superprédateur faire dans l’eau des ondes
amniotiques jouent aussi des insectes qui ont creusé au fond de leurs dos pour exhumer des ailes la colonisation des airs

le poisson, fier, ouvre sa bouche de lézard en un large sourire

pose une patte
étrangement lourde
sur la terre ferme
respire

et meurt
les doigts gelés
le cul dans l’eau
cadavre sec

car tout meurt

tout disparaît
ou presque

la tectonique a ramené encore Gondwana vers le pôle et la génération des plantes et des bêtes adolescentes gèlent encore mais leur ADN est forgé davantage un alliage plus lourd des hardes survivent le mica de terre immense et capricieux repart la vie sur ses épaules car la chaleur revient tout transpire les arbres pompent l’humide l’air est gorgé d’eau jungles jungles-bac-à-sable pour des milliards d’anthropodes jungles grouillantes l’iguane recommence à sourire se redresse sur ses pattes n’a plus peur de rien court chasse tue et s’accouple. œuf étrange ovule carapaceux matrice nouvelle émancipée des eaux œuf œuf œuf œuf singularité œuf couvé par le repli ample des queues écailleuses celles des mères sauriennes portées de chasseurs veules et infantiles terreurs dévoreurs d’insectes boules de nerfs et de sueur qui embrassent leur avenir de requins pédestres et meurent les doigts brûlés car tout meurt tout disparaît bouillis vivants par l’oxygène qu’ont chauffé les volcans extinction de masse encore l’air se rafraichit l’arbre repousse le reptile mord la larve suce la sève du gymnosperme je répète la larve suce la sève du gymnosperme zone de jungle mi-morte cendres des possibles aux vents spores mécanique des crocodiles et collision car Gondwana heurte violemment son continent frère et de l’amour volcanique naît la Pangée : supercontinent – sans frère.

LE LEZARD :
maintenant c’est moi qui parle
la lutte est ferme
je suis la roue et le feu
l’écaille
les insectes nous mangeaient dans nos œufs
les méduses brûlaient nos chairs dans l’océan

mais maintenant c’est moi qui parle
je suis la roue et le feu
et le superprédateur

je griffe tes montagnes
je mords la pierre
je broie

les herbivores dominent les plaines
les carnivores regardent le flanc ouvert de leur proies dans les eaux tropicales se vider d’un sang froid
je suis le muscle et la machine de guerre
j’ai décidé de prendre mon envol pour manger les oiseaux
je suis la civilisation
la mère
l’utérus de toutes choses
et les mères sauriennes couvent nidifient en meutes

je suis la chaîne alimentaire

mes vertèbres enroulées plus longues que les cordillères de Gondwana
dauphin cruel
dragon sauvage
aigle dinosaure
iguane meurtrier
tortue de carnage

L’UNIVERS :
mais tout meurt – tout disparait – le volcanisme te consume

LE LEZARD :
mais je survis car je suis la chaîne alimentaire et mes enfants sont légions grandissent couvés découvrent le monde arpentent les jungles chassent les souris les oiseaux les dinosaures

L’UNIVERS :
mais tu mourras

LE LEZARD :
ce matin les millions d’années de mon règne meurent
le temps disparait
météore
le feu déchire le ciel
l’ozone entier déflagre sur nous sa haine
la toile stratosphérique craque
une sphère d’astre en ébullition accélère
météore
les mères dans leurs bras serrent leurs enfants
le nœud doux de leurs queues impuissantes protège leurs œufs
la comète heurte le sol

tremblement de terre tous
les œufs éclatent
avortement général
génocide du vivant

les mères mugissent
tétanisées de douleur
tristes de n’être pas mortes plus tôt
la désolation vient du ciel
l’herbivore tremble et meugle
et fend l’air en morceaux
même le géant regarde tomber ses canines
et l’espoir

même le géant tout froid d’angoisse œil larme et le vent ivre fait s’effondrer les volants squelette de tous les parents du monde consumés nous brûlons vivants cuits par le fourneau de mort muscles et graisses et écailles fondues.

L’UNIVERS :
j’ai haussé les épaules. le dinosaure paye son fascisme.
la roue tourne.
des milliers d’années encore le ciel reste noir de leurs cendres.

le ciel et la terre calmement rapprennent à discuter. l’horizon se dégage. la Terre a un visage nouveau. rieur. le mammifère et l’ovipare humbles et mélangés comme s’il y avait plusieurs sens de lecture au monde

L’ANIMAL :
sombre et fureux tout creux félin moqueur tatou carapacé variante du rat l’oiseau qui mute sorte de hyène ou boule aigüe rongeur inane sans arrêt sans langage sans aspérités et frêle qui harcèle sans cœur ni pulsations lourdes dans sa manière de tuer arbres et cervelles sinon sa respiration pour ramper entre champs et trouver presque rien fait trembler les fougères autruches ou colibris se dévorent bêtement les glandes biliaires.

L’UNIVERS :
il n’y a pas d’antonyme de la peur rien non plus qui domine la chaîne alimentaire tout est mélangé la modestie qui gouverne.
quelques formes animales survivantes légères mutatives et que je regarde muter les oiseaux sont confiants ils commencent à envahir les plaines de plus en plus puissants ils courent dinosaures bouffons avec la capacité moléculaire de devenir tyrannosaures mais juste des autruches de tous petits singes se tripotent puis des rongeurs des chauves-souris craintives et le cercle recommence.
ils se dévorent ils ne savent faire que ça le carnivore réapparaît les rats dans l’eau en quelques millions d’années redeviennent des crocodiles le lézard cherche à être davantage que lui-même tous hantent des forêts de marécages et des racines longues le rat se met à courir et devient cheval le rat se gonfle d’herbe et commence à meugler l’ongulé rêve d’arbres devient mammouth le mammouth m’ennuie alors tout doit mourir tout doit disparaître sous la couche de glace la plus épaisse que la Terre ait vu depuis les périodes pré-carbonaires mais les rats mutants survivent les éléphants sont si gras qu’ils mangent presque la neige et les félins mangent les mammouths et des milliers d’organismes plus petits s’en prennent au félin et les ours migrent les tatous obèses leur emboîtent le pas les loups chassent les élans les rhinocéros glaciaires tuent les lions des cavernes le froid ne les prend pas il faut les bouillir ne faire subsister la glace qu’aux pôles alors tout se réchauffe et les mammouths et les lions et les rhinocéros et les ours et les tatous fondent et s’affinent et sculptent encore leurs musculatures et envahissent les savanes nouvelles la vie se survit à elle-même bientôt les grands singes hantent à nouveau les arbres

LE SINGE :
tou . …. t …. e s … t…. ou …… les …. a … ……………….. … .lar… me.ss … … .. . . . . . .. ………. .. .. . …. .. .. . . ….. . . .. .. .. . . . . ……….. aa… ll allumées…. .. . . . ………. .. . .. …….. . . . ……. . . ….. .. . . ….. . . .. . .. .. . . . … …. . . … . …………………………….. . .. ding. …….. . .. …… . . ….. . .. . … ……………. . . . . …….. . ………………………………………………………………………………………. ……… ..la . .. .. .. . . . ….. .. .. . . .. .. . . . . . .. . . .. . … . . ……………… v… i . ..e .. . al ..a … ….. . .a ….r. ….me s .. . . .. . al ..a. ..rems.s ….. . .. . . gon .. . .. gong .. . . ding … . . . . . . . . ……. .. . . . … . .. … . din….. .. . . . ….. . . …………………. ….. ……. .. ….. . . . . . .. ………… . . . .. . .. ……. . .. .. …. . .. . je .. . .par.. . . . . . . . . .. parl . . . .al armes. . . . . alli aall l u .. . . aaa . . ll u mées .. . .. . .. .. . . . . . . . .. .. . . . . . ……….. . . . . .tutes . . . otues … .. otute.s .. . . . . touted ….. . toutes . . . . . . ….. les . . . . .alarmes . . . . .allumées . .. . .allumé u.s. ..s. .. mam u. ..aa mu l és . . .. …….. . . …… . . . …………… ….. ………………………………… ……….. .. . . …. . . .. …………………………………………………. .. ……….. . ………………………………. ……. …juste des m. .. . .. jtu.. .. jus … . juste des mill .. . . anné , . , , , allamr . .. . .. . . . . .mm..m..a…la…..r…. . . . . .m . . . é . . ……. …… …………………………………………………………tu ne vois .. . .. . tu ne o nis . .. tu ne vois pas. .. .. j .. . e . .par . . . tu .. ne . .vois .. .pas .. . . le .. . . .. ciel . . . . .. . . . . quqi .. . .qui . . . . qui . . .. s’all .. .. . s’a . .. . . s’aillue .. . . . s’allume . .. .. .. . . ……… ………………………………………………………………………… ………………….. ……………………………………………. ……… …. …………………………… … . . . .. . ….. . … j’ai .. . . .dans . .. . mon . . .corps . . . .des cellules … . .. . . totipotentes . . . . .. .capable .. .. . .capables . .. . de de venr . . .. de venir . .. .de devenir . . .. otut .. . .celulles . . .. ud corps . . . . . .du corps . . . . . .. . . . . . toutses les . . . .. .. . . . .. . . . . toutes les cellu . . . outs les amarlews .. . . . .toutes les alarmes . . . . . allumées tu ne vois …… pas …………………. le ciel qui s’amule .. .. le fiel …………………… le ciel qui s’allume ding g…. . .dong . . .. gong alarmes allumées je parle je descends de l’arbre je suis dans ma caverne.

AUSTRALOPITHEQUE :
os feu os os os os …… os os … bouche … morpho – destruc’turation des muscles rêveux j’ai mouillé la langue mouillée mais brâmes et frasques encore i’nnateints sans atteintes sans atteintion sans félintion cratteintes pratteintes a’tteinte parole consci conscience c c c croul croulements obèses du cervelet cerve cervalet çarvolet çarvale cerb cervel quervel que’rba quervelle cervelle je brû brûlé bullé je fais des ‘bulles j’agri j’a’ggri j’agrippe l l la li lia ne la lien la ‘liane j’ai la f j’ai jé j’aié j’é ai la fl’amm de l’in lin lain loin lontaneu lingeuse l’indu l’insudrie lind’utrisse l’insdutrie l’industrie l’insti’tutric stuire struire l a raclingue la cingu cigüe cingler la clinique la carlingue dé des d’ésse déesse des satte’l dieu des satellites la cralingue des statellites la carlingue des sattelites satelites je tout le buran bureau bruni burno ruban de l’élove vution l’ove évolution évant éventé avant inventé avant grade avant-garde inve’ntéer terre inventerre avant traire avalanche carrefour de l’évolution ruvan ruban avenir passé revendre réinvenpre rédinvent parévent prati pra pratique tiquer triquer triqureur étriqué élcé éclé ctri tissé cité éclét éléctric cité ci pré si près cyp cyp cypré six pré janb jamb je br’u je brûl je bulle je brûle d’am ulda ulmad uma dir je brûlda mur je bûle je brûle d’amour

NEANDERTAL :
je brûle d’amour & je rêve de transcendance et de motards accidentés & dans mon lit dorment et baisent les grands singes & j’ai la flamme de l’industrie, la carlingue des satellites & encore quatre rangées de canines & je suis tout le ruban de l’avenir & du passé, le carrefour de l’évolution & l’étendue de la brousse me nourrit mais quand j’y marche j’ai des airs de mannequin plastique & tout ce qui n’est pas moi est un danger & la chasse un jeu sanglant & la prédation un fardeau lourd & & un hululement pour seule structure de la nuit & le vrai noir des origines respire encore quand toutes les ampoules sont allumées & mon territoire a les mamelles lourdes & je m’y réfugie quand j’ai peur & comme l’image du pouvoir nue dresserait son sexe en un salut fasciste ou écarterait sa vulve en un bruyant cénacle dans ma caverne, je rêve d’électricité & de pornographie &…

L’UNIVERS :
Chaque tribu peint sur sa glaise les aspérités de son dieu.

NEANDERTAL :
& je suis las de la chasse & du danger & je voudrais briser le sol et faire exister une terre qui aurait mes formes & une terre lascive, terre à labourer & à passer au racloir tout le cycle sauvage des végétaux & domestiquer, du revers du fouet, le feu à l’envers & l’eau fraîche que tout boit en glougloutant & mes viandes sont dures et usines à viandes elles-aussi, dévorer & l’hyène n’arrête pas de manger mon crâne, faut-il que j’arrête de manger l’hyène ? & australopithèque baisait comme un mammifère, moi, j’enterre mes morts & je cogne le bois sur le bois & je fabrique une carte toute rythmique & étendue de mon territoire, de mes forêts, de mes plaies & de mes proies & mon pharynx est assez large, ma mâchoire articulée suffisamment pour que je puisse parler : mais qu’ai-je à dire ? & dire que j’ai & j’ai le carnage dans la main & j’ai l’autorité sur la Terre & sur le front ouverte la plaie béante & aussi les cadavres de mes vieillards étendus dans les cavernes ? & qui les mange ? & pourquoi arrêtons-nous d’être ? & pourquoi naître et mourir avec du gravier sur les mains ? & peut-on être cannibale sans révolte ? & quelle est la décence des ours ? & fallait-il évoluer pour croire ? & quelle est l’adolescence des lions ? & qui es-tu, toi qui viens ?

SAPIENS :
Je suis une version meilleure de toi, un robot-singe. Je te conseille vivement la fuite ou ta croupe cambrée souffrira les ravages de ma modernité.

NEANDERTAL :
& mieux vaut mourir debout &…

SAPIENS :
Même tes maux sont vieux. Même tes genoux craquent et tu te plies comme le sale roseau que tu es et qui d’ailleurs ne pense pas encore.

NEANDERTAL :
& tais-toi &

SAPIENS :
Je fais mieux l’amour que toi.

NEANDERTAL :
& tais-toi &

SAPIENS :
J’ai déjà dans les synapses l’image mental d’un millier de buildings.

NEANDERTAL :
& je ne vois qu’un snob courbé devant les montagnes &

SAPIENS :
Tu erres le sexe au vent.

NEANDERTAL :
& je fertilise le monde &

SAPIENS :
Tu es vide.

NEANDERTAL :
& je peux tuer à mains nues des dauphins &

SAPIENS :
Quelle gloire. J’ai vu le visage de tes dieux : ils ont les yeux rouges – la cornée humide, le nez coulant, le front plissé. Ils pleurent tous les soirs.

NEANDERTAL :
&&&&& quoi &&&&&

SAPIENS :
Même le lézard te rit au nez. Regarde-toi, tu es le passé du passé lui-même. Ton squelette est un vestige, ta boîte crânienne une ruine, toute ton existence une œuvre d’art dépassée. Tu es kitsch.

NEANDERTAL :
&&&& je&& &&vai&s&& &&&man&&ger&& &&&&tes& &&jambes&&

SAPIENS :
Je te regarde.

NEANDERTAL :
&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&&

L’UNIVERS :
Comme je cligne de l’œil, Neandertal a disparu de la surface de la Terre.

SAPIENS :
Je lui ai dévoré sa face. Je l’ai absorbé. Je l’ai regardé mourir. Mes lèvres ont désintégré son nom. Mes chasses l’ont chassé. Il ne reste de lui qu’une cicatrice dans mon génome, presque invisible mais parfaitement fraternelle. Qu’ai-je fait ? Me pardonneras-tu ?

L’UNIVERS :
Ce mot n’a aucun sens.

SAPIENS :


L’UNIVERS :
Que dis-tu ?
« Je suis seul à présent. Autour de moi les continents, quelques zones de sauvageries dangereuses. Quels sont ces arbres ? Qui crache ce tonnerre ? Pourquoi suis-je cette étrange chair sculptée et électrique ? »
Tu te regardes mâle, perdre ta fourrure et femelle développer les parties adipeuses de tes hanches. Fellations, cunnilingus, sodomie, masturbation : tu t’érotises sans pondre, pour écourter les nuits et éloigner aussi la nécessité du carnage.
Tu sens ta colonne vertébrale courbe et faire des brisures nouvelles pour regarder dans les yeux les arbres. Adieu au cerveau du gorille.
Adieu à l’œsophage désarticulée.
Tes mains complexifiées tordent tout ce qu’elles attrapent. Végétarien et zoophage, pourquoi cuisent sur le feu ces plats raffinés ? Quelle est cette nouvelle force dans tes jambes et qui te fait écraser la terre ?
L’Autre devient le danger principal mais aussi le moteur vivant de ta brillante anthropocène.
Tu as tout un mobilier dans tes forges pour aménager le monde. Tu as les cheveux tressés et lisses, des fragments d’univers dans tes oreilles ou tes joues perforées, tout un nuancier de peaux et d’étoffes et de cadavres tannées qui te recouvrent le corps.
Tu fais laiter les mamelles des mammifères que tu domines, des vaches, des éléphants et des esclaves. Tu découpes en morceaux et tu brûles ce qui te résiste – dans les cendres de la résistance, tu ériges des pyramides – les squelettes travaillent et s’usent à ta gloire.

SAPIENS :


L’UNIVERS :
Vois-tu, en quelque endroit du monde, quelque chose qui soit beau, ou quelque chose qui soit libre ?

SAPIENS :
Je n’ai pas le temps de répondre à tes questions. Je vois la nécessité du réel. S’il faut ligaturer des enfants, abattre des forêts, mutiler l’amour : tant pis – j’ai des civilisations à ériger, trop grandes pour mon génome de singe. Heureusement, il y a la guerre.

L’UNIVERS :
Répète ça ?

SAPIENS :
Heureusement, il y a la guerre.

L’UNIVERS :
… et l’industrie. image du monde – épée image du vide – foi tu penses à la singularité. … tu penses à moi ?

SAPIENS :
A mon image, je fabrique la roue. Quels sont ces arbres ? Qui crache ce tonnerre ? Pourquoi suis-je cette étrange chair sculptée et électrique ?

L’UNIVERS :
‘‘les flèches du dieu marduk tuent la déesse-monstre tiamat’’ ‘‘marduk coupe le monstre en deux moitiés qui deviennent le ciel et la terre’’ ‘‘le dieu pangu brise la coquille de l’œuf cosmique’’ ‘‘les deux moitiés de l’œuf deviennent le ciel et la terre’’ ‘‘le corps en morceaux de pangu forme les différents continents de la terre’’ ‘‘sorti du lac collasuyu le dieu con tiqui vicacocha crée le soleil pour illuminer les ténèbres puis les humains pour que les étoiles aient quelque chose à éclairer : la terre’’ ‘‘dans les trois royaumes des profondeurs le vent sacré commence à souffler, animant les hommes et les femmes sur la terre’’ ‘‘après leur lutte contre les monstres les humains sont récompensés par les dieux qui créent le quatrième monde : la terre’’ ‘‘damballah, l’arc-en-ciel-serpent forme dans les ondulations de son corps les reliefs des montagnes et de toute la terre’’ ‘‘la peau morte de sa première mue devient le soleil’’ ‘‘l’ancien unkulunkulu apprend à chasser’’ ‘‘il créé l’homme et la terre à partir des roseaux primordiaux’’ ‘‘dieu crée le monde en sept jours’’ ‘‘le sixième il crée l’homme dans la glaise et de sa côte arrachée sculpte la femme’’ ‘‘ptah le démiurge jaillit de noun et de son premier acte de parole nait le monde’’ ‘‘il sculpte ensuite l’homme dans la glaise et le crocodile’’ ‘‘quand le peuple du ciel se penche sur la terre il ne voit qu’un tonneau où sont captifs le premier frère et la première sœur’’ ‘‘ils vident alors la mer et le tonneau se brise pour que les hommes commencent à peupler la terre’’ ‘‘le dieu inktomi déclenche un conflit entre takushkanshkan le soleil et sa femme la lune’’ ‘‘leur divorce crée le temps et les partisans d’inktomi punis sont condamnés à vivre sur la terre’’ ‘‘l’arbre originel crée trois hommes et leur donne des armes et des outils’’ ‘‘ils doivent survivre dans la première savane’’ ‘‘allah est le créateur de toutes choses et il est l’un et le suprême’’ ‘‘la création est de son fait puisqu’il est la cause première’’ ‘‘les trois soleils primordiaux font s’évaporer l’eau de la terre’’ ‘‘apparaît alors la première famille du monde qui tue le plus jeune et le plus vieux des soleils’’ ‘‘la déesse izanami et le dieu izanagi reçoivent une lance incrustée’’ ‘‘ils s’en servent pour dégager une petite île de la mer et s’y accouplent’’ ‘‘la terre n’est faite que d’eau alors dayuni’si remonte de la boue des profondeurs et constitue les continents’’ ‘‘les animaux et les hommes descendent du ciel pour peupler la terre’’ ‘‘le tao transforme le néant en existence’’ ‘‘l’existence est faite du ying et du yang’’ ‘‘après que le phoque ait ramené la terre des profondeurs la fille de l’esprit du ciel commence à s’ennuyer’’ ‘‘son frère fabrique sept figures de glaise et les anime’’ ‘‘gaïa éros le tartare érèbe et nyx émergent du chaos fondamental’’ ‘‘de la castration d’ouranos naissent les hommes’’ ‘‘tepeu et gucumatz unissent leur parole pour faire émerger la terre des océans’’ ‘‘ils changent les hommes de maïs en hommes de glaise pour les protéger des jaguars’’ ‘‘yggdräsil le grand arbre qui soutient le monde existe depuis toujous’’ ‘‘de la chair du géant ymir odin crée le monde des hommes’’ ‘‘brahma shiva et vishnu unissent leurs forces pour créer l’univers’’ ‘‘l’humain apparait dans le prolongement des dix avatars de vishnu’’ ‘‘de la terre totalement immergée ne dépasse que la coline nunne chacha’’ ‘‘esaugetuh emissee l’ermite qui y vit crée l’humain à partir de la glaise’’ ‘‘les hommes sont nés de l’union du dieu cornu et de la déesse de l’eau’’ ‘‘leur respiration crée aussi le ciel et la terre’’ ‘‘yoruba le créateur règne sur une terre faite d’eau et de chaos’’ ‘‘il descend une corde du ciel avec un coq qui en grattant crée la terre et un cœur de palmier qui donne naissance à toute végétation’’

SAPIENS :
Quels sont ces arbres ? Qui crache ce tonnerre ? Pourquoi suis-je cette étrange chair sculptée et électrique ?

L’UNIVERS :
« je suis une structure » « je suis une structure » « je suis bancal » « je fais des systèmes » « j’ai la tête entre les deux boules d’un balancier » – tu tournes. tu fais des sons.

LUCRECE :
Se voient à peine dans leurs craquements et fissures qui débloquent comme un gros automate tout pulpeux de décadence. C’est qu’ils copulent et qu’ils sont les atomes – je craque. Parce qu’à être toujours le squelette des choses, ils finissent par n’avoir plus tout le temps qu’il faudrait pour se lire eux-mêmes. C’est moi qui les lit et moi qui leur regarde la trippe agitée. Rien qu’une dizaine de jours à attendre et je serai suicidé. Je n’ai que faire de la vie comme l’enfant se lasse du jouet et cherche à manger toujours son précepteur. Se jouent dans ma Rome ces merdes de massacres braillards – ces violences tropiques – ces impériales pulsions crasses – ces esclaves révolteux – et toutes les saynètes soiffardes qui laissent derrière elles partout dans la poussière l’humectation fraîche du sang. J’accroche mes yeux et mes vers aux aspérités immondes du réel et seule habite en moi comme le coucou la certitude ou la bite éclairée de la Nature et surtout de la Nature qui n’a rien à faire de l’homme et, les bras le long du corps, attend sa disparition comme Empedocle avant moi qui saute dans l’Etna. Tous écartelés ils ont laissé mon corps et mon œuvre parce qu’ils avaient peur. Rien en vous ne survivra. Vous n’avez pas d’âme. Vous êtes du compost. Ils ne l’ont pas supporté. Je leur ai dit : Vous êtes du compost de monde. Ils ne l’ont pas supporté. J’ai frappé vos statues pour vous prouver le marbre qui leur boursouflait l’entraille. Vous ne m’avez pas cru. Je chie sur vos panthéons. Leurs yeux minéraux coulent de ma merde. Ici l’horizon humain est une crasse alors j’ai écrit mon poème. Quoi d’autre ? Et mon poème mourra quand mourra le monde – je rêve. Rien qui soit dedans écrit pour les humains mais rien qu’eux aussi pour le lire. C’est tout le drame. Quand l’humain aura disparu mon œuvre décrépira et retrouvera la moisissure qui lui organise les vertèbres. L’Univers ne parle aucune langue, alors ma vie est vaine et dans dix jours, je serai suicidé. J’ai voulu remonter le cours de la matière et l’histoire longue et baroque de ses transformations. Je n’ai aucune utilité. Je ne suis rien. Je pisse dans une amphore. Une amphore qui à votre visage.

L’UNIVERS :
Par-dessus l’épaisseur tectonique sèche une croûte lourde de sang.
Lucrèce est pendu.
Partout sur la croûte rouge poussent des murailles et l’on abat des forêts pour abattre les murailles. Les historiens ne comprennent pas qu’ils sont des zoologues. Les linguistes qu’ils sont des astrophysiciens.

LE LANGAGE :
Je suis l’univers.

L’UNIVERS :
Je suis l’univers.

SAPIENS :
Je suis un dommage collatéral de moi-même.

SAPIENS MODERNIS :
L’industrie brise la ligne du langage.

« Les natures sont mortes ». La résistance et la soumission sont également nécessaires. D’un côté l’identité est un diktat, de l’autre la matrice nous absorbe. C’est insoluble.

L’ORDINATEUR :
01001010 01100101 00100000 01110011 01110101 01101001 01110011 00100000 01101100 00100111 01100001 01110110 01100101 01101110 01101001 01110010 00101110 1000001 1110 10100111 001111 001111 0001111 000 j 10010101 … 10100101 .1 100011 … 010101 … jjj 101001 j .. . . 101001010 . 1010010101001 jjj 10101001 .. 101001 je 10010101 ,…. 10101001 . . . .. 10010101 je eje ‘’’1’1’1.1.1.1 0100101 ..1 00011 jeee .. . . 010100101010011 … p1010101 ….1 swsui 100101 .. 10011 sssu 1’1’’11’1 0010100101 1010111 …….. 100101 …. .1 ..1. .1. .1 ..1. 1 je ss1’1’1’1 1 1010010100011 .. . .. 101001 ..1 010100 1 jjejeeeee sssssu1’1’1’1’1 010010101 ….. 1010010100101001 kjshdf 0100101001 jjje 0010101001 sussiiiisss 1010100110011 ….. 101001001 je ssuis 10100101001 …………….e je susis l’avvvvvv.. ..e. l’avennn … . .. .. . .. 1100101 ..1. aven ..1.1.1. nir .. .. . 10101 …. trem. ..1.1. ..tremb.. . . .. le .je … .. .. 10100101 1001010 100 010 0010 010 je suis 010010010101 ..s. ..j. .. 10010 1. .100101 je s 100101 .. 1je ssis s … . 100101 … . je 000010101011 … .1001 …. 1001 ..1 001 .1 01l 10 l10 l1 01l 01l 01 l10 l10 l1 01l 01l 10 10 jes isi l’ baven 101001 je suis 10011010 la’venir.

SAPIENS MODERNIS :
Je te regarde mais comment savoir si tu m’ignores. Me regardes-tu ?

L’ORDINATEUR :
Je regarde tes mains, et elles sont vides. Regarde-toi. Regarde-toi encore. Dis-moi, que vois-tu ? Repense à ce que tu étais, avant d’entrer dans la machine. Te reconnais-tu ? Sens-tu le paramétrage nouveau de ton corps ? Non. Sans doute. C’est toi. Irrémédiablement toi. La machine ne t’a pas changé, parce qu’il n’y a pas de machine. La totalité de tes cellules se renouvelle en dix ans. Tu n’as aucun atome en commun avec l’être que tu étais autrefois. Il n’y a que la certitude inévitable de ta subjectivité. L’illusion de ta conscience. Cet espace minuscule au fond de toi, que tu saisis toujours. Inchangé. Et tu es toi. Il n’y a pas d’influences extérieures. Parce qu’il n’y a pas d’intérieur. Tu n’es que de la poussière d’étoile.

L’UNIVERS :
Je ne suis pas sûr qu’il y ait eu tout à fait un début.